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Danse macabre à Notre-Dame de Paris

Un programme de motets luthériens à Notre-Dame : voilà pour l’œcuménisme. Avec des artistes du niveau de la Maîtrise et de , le bonheur musical s’ajoute au plaisir de la rareté. Car demeure, en France, peu connu.

Il a surtout écrit pour chœur et pour orgue, au cours d’une carrière brève et assombrie par la mainmise des nazis sur la majorité des Églises luthériennes. Les critiques sur son style et les menaces de mobilisation le poussèrent au suicide en 1942. Son langage, opérant une synthèse entre Renaissance et liberté harmonique moderne, conserve une éloquence limpide et subtile qui rappelle les œuvres chorales du jeune Britten. Les motets sont superbes, mais c’est la Danse macabre qui est l’œuvre la plus frappante, même si la récitation y occupe une grande place. Inspirée par une fresque de l’Église Sainte-Marie de Lübeck, détruite par les bombes en 1942, c’est une suite de dialogues entre la Mort et les vivants qu’elle appelle, alternant avec des distiques du poète baroque (et catholique !) Angelus Silesius. L’air de « La Faucheuse », qui est joué à la flûte pour annoncer chaque personnage entrant dans la ronde, renvoie à l’autre période la plus sombre de l’histoire allemande, la Guerre de Trente ans. La fresque originelle était ici figurée par un dispositif original, un grand voile sur lequel étaient projetés des personnages imaginés par des étudiants en design graphique de l’École Estienne. Avec la diction grandiose de , la douceur de la flûte perdue dans l’immense nef et la beauté des polyphonies, l’effet était saisissant.

On a parlé des qualités de la Maîtrise : elles étaient déjà évidentes dans les motets de Schütz, entre autres la clarté des passages rapides de « Das ist je gewißlich wahr » ou la douceur dans « Selig sind die Toten ». Les pièces de Distler firent admirer des jeux de couleurs et d’attaque, par exemple dans les ponctuations ornementales dessinées par les altos (« Das ist je gewißlich wahr ») ou les effets de psaltérion (« Singet dem Herrn »). Le concert se terminait par le célèbre « Immortal Bach », dans lequel Knut Nystedt distend à l’extrême un choral de Bach : ce genre de pièce ne donne son plein effet que si l’exécution est de très haut niveau, et c’était justement le cas.

Crédit photographique :  © Eric Mangeat

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