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Du contemporain au Mariinsky

Comme nos voisins Outre-Manche appellent ceci, un triple bill au Mariinsky qui permet à la troupe d’exploiter des facettes du répertoire contemporain.

En premier lieu, Infra, de , dont c’est un des ballets les plus éloignés de son habituelle tendance à considérer le corps humain comme sujet d’expérimentations sur la recherche de l’extrême ; non pas qu’il n’y ait pas les hyperextensions, les bizarreries dans les combinaisons physiques, mais plutôt le surprenant (eu égard, là encore à ce qu’il produit d’ordinaire) arrangement entre groupes de danseurs, la frise où sont projetés des personnages (comme passant dans une rue anonyme), et émergence d’émotions que son travail l’entraîne à plutôt dédaigner. De fait, travers assez coutumier du discours contemporain, on décrit la tristesse des sujets, la fatuité de la vie, l’incompréhension dans laquelle l’homme s’égare. Loin des bavardages autour des sujets existentiels ou des théories nébuleuses sur le destin de l’homme, juste quelque chose de plus pertinent, collant au plus près du ressenti, et plutôt simplement. s’y montre merveilleuse d’introspection.

En seconde partie de soirée, DSCH d’, sur le concerto pour piano numéro deux de Dimitri Chostakovitch. Eclat de l’écriture chorégraphique et humanité profonde sont les fers de lance des compositions de Ratmansky. Avec beaucoup d’humour, il tisse des relations entre hommes, surprenant le spectateur par des effets de style, le coupant de l’ennui par l’inattendu. Quelle tendresse émane par ces hommes et ces femmes qui s’arrêtent dans leur action pour avancer tranquillement sur le devant de la scène en se regardant simplement, comme ils sont, et que cette charité suscite d’émerveillement par sa simplicité ! brille par sa virtuosité technique.


Le Sacre du Printemps, sujet on ne peut plus utilisé pour de nouvelles créations, reste la pièce la plus difficile à monter ; il y a tant de précédentes version, le sujet a été traité de tant de points de vus possibles (et souvent peu justifiables), que créer, et pourquoi créer aujourd’hui là-dessus (outre que la musique en est remarquable) restent des interrogations pertinentes. propose une œuvre se voulant forte, abstraite, violente, avec une lecture plutôt personnelle. On ne peut inévitablement faire le rapprochement avec d’autres versions, mais elle parvient à tisser une élaboration assez convaincante, désincarnée où trouve une épaisseur auquel son physique sculptural l’autorise.

La troupe a montré une carte de visite dans laquelle le contemporain occupe une place importante, ce qui, dans la continuité du festival annuel du Mariinsky, complète assez agréablement l’exploration du répertoire, quand bien même cette soirée donne un peu l’impression de chercher à faire, à tout prix, du contemporain pour faire bien.

Crédit photographique : Infra © N. Razina (Mariinsky)

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