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Harold Farberman, chef pionnier

La récente parution Naxos élogieusement chroniquée de la Symphonie n°3 « Ilya Mouromets » op. 42 (1911) de (1875-1956) nous offre l’opportunité d’évoquer une version pionnière à plusieurs égards de cette partition monumentale, parue en sa dernière incarnation chez le label « super-budget » Alto, après avoir d’ailleurs été disponible chez Unicorn, puis chez Regis.

En pionnier, comme souvent, Leopold Stokowski nous révéla l’œuvre au disque par deux fois (RCA-Victor et Capitol), malheureusement tronquée pour les nécessités techniques de l’époque. Dans la même optique d’amputation de cette symphonie, des chefs tels que Ferenc Fricsay, Eugene Ormandy, Jacques Rachmilovitch, Nathan Rakhlin, Yoav Talmi en ont livré leur vision avec plus ou moins de bonheur. Mais c’est tout à l’honneur du grand chef allemand Hermann Scherchen (1891-1966) et du légendaire label Westminster de nous avoir enfin offert dans son intégrité et intégralité cette œuvre aux dimensions mahlériennes, pour le microsillon naissant (octobre 1952). Toutefois son exemple dut attendre décembre 1978 pour être suivi, et cela dans des conditions techniques enfin dignes de cette page grandiose : un élève de Scherchen, le percussionniste et compositeur américain , en est le chef d’orchestre, aux conceptions duquel l’admirable se plie avec un tel enthousiasme qu’il se surpasse et accomplit la prouesse d’un enregistrement en une seule prise de chaque mouvement… avec une durée totale de 93 minutes, respectant ainsi scrupuleusement les tempi des 413 pages de la partition ! Seuls deux petits montages furent nécessaires dans le Finale, notamment en raison d’un passage périlleux aux cors à découvert. Farberman se hisse ainsi aux dimensions-fleuve de Guerre et Paix, par rapport à d’autres chefs plus expéditifs comme Leon Botstein, Edward Downes, JoAnn Falletta et Donald Johanos, les surclassant souvent en raison des tempi justes, donc de la durée voulue par . L’enregistrement d’ est également pionnier dans le sens où il s’agit d’une des toutes premières captations numériques (décembre 1978) jamais réalisées, avec la compétence de l’excellent ingénieur Bob Auger qui utilisa en l’occurrence le système digital Sony PCM-I et U-matic.

Aux côtés de cette ample Symphonie « Ilya Mouromets » de Reinhold Glière, son Concerto pour violoncelle op. 87 composé 36 ans plus tard (1946-47), durant trois bons quarts-d’heure et dédié au jeune Mstislav Rostropovitch, ne fait pourtant pas le poids. Cette œuvre automnale au beau lyrisme, dont le style n’a guère évolué depuis celui de la Symphonie, semble toutefois tourner en rond et n’accroche pas vraiment, contrairement, par exemple, au splendide Concerto pour harpe op. 74 de 1938. Le soliste de ce disque, Sergueï Sudzilovsky, s’en sort vaillamment, et la phalange russe est irréprochable, mais cette édition Alto restera surtout précieuse pour l’interprétation de la Symphonie par Harold Farberman.

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