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Orphée et Eurydice à l’Opéra de Paris : Œuvre d’art totale

Le mythe d’Orphée et Eurydice, utilisé par dans une reprise de son ballet créé en 1975, est découpé sur l’opéra de Gluck en quatre tableaux, avec un réaménagement de l’œuvre musicale. Avec de grands thèmes tels que le deuil, la violence, la paix et la mort, dépeint l’intemporalité de la mythologie avec un dialogue entre les deux protagonistes qui tranche avec l’ensemble du corps de ballet, grand groupe qui se confond avec le chœur, indépendant de l’action.

, qui avait déjà dansé le rôle d’Eurydice, captive par la sincérité du geste, les élans pudiques et retenus qui marquent l’introversion de son personnage et son incompréhension face au silence d’Orphée ; son double vocal, , a la frêle voix d’une mourante en devenir. , marmoréen et sculptural, est un Orphée d’une grande puissance dramatique ; faisant montre d’une liberté du mouvement, il est un grand danseur contemporain et tient sur ses épaules la totalité de la pièce où le rôle d’Orphée, écrasant, est quasiment tout le temps sur scène ; , à la voix très projetée et compacte, tire des sonorités sombres et androgynes qui répondent subtilement à la virilité du danseur d’Orphée. Le sourire franc et enjoliveur de s’harmonise bien habilement à l’insouciance et la facilité vocale de .

Le langage de est totalement intégré dans le corps de ballet qui respire avec une grande fraîcheur toutes les dynamiques propres au style de la chorégraphe allemande. Quant à l’exécution orchestrale, elle n’appelle que peu de réserves eu égard aux contingences chorégraphiques qui limitent assurément les débordements lyriques.

Très belle reprise de cette œuvre où la danse se lie au chant, où la beauté visuelle se couple au plaisir auditif ; on éprouve le sentiment d’une grande soirée qui retrace, avec ses aspérités et les raucités du vivant, un drame fondateur d’une civilisation.

Crédit photographique : © Agathe Poupeney/Opéra National de Paris