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Haydn princier par Haitink au coeur de la Bavière rococo

L’Orchestre de la Radio Bavaroise n’a pas beaucoup d’égaux en Europe pour ce qui est du prestige constant de ses chefs invités, le revers de la médaille étant qu’on y voit beaucoup plus souvent les grands chefs d’aujourd’hui que ceux de demain. Une longue amitié unit l’orchestre à , ce qui justifie sans doute que lui soit confiée la tournée estivale de l’orchestre, constituée de deux concerts à Salzbourg (La Création et la cinquième symphonie de Bruckner) et de ce concert à Ottobeuren, dans l’immense église rococo de ce monastère bénédictin situé au sud-ouest de la Bavière.

Le cadre est donc on ne peut plus brillant, et on ne peut plus adapté à une telle œuvre. Mais une église, c’est toujours aussi une complexe équation acoustique. De notre (excellente) place au 3e rang de la basilique, nous ne pouvons naturellement parler de l’expérience des autres spectateurs : si l’image sonore globale est beaucoup moins perturbée que ce qu’on a pu entendre ici et là, il faut bien dire que nous aurions aimé entendre un peu plus les bois, souvent écrasés entre cordes et chœur. Cette réserve posée, disons tout de suite que ce concert exceptionnel tient avec brio les promesses de son affiche. , sans doute, n’est pas un jeune chef, mais sa longue expérience offre au public une interprétation d’une maturité et d’un équilibre exceptionnels. Sans se réfugier dans la solennité grandiloquente de ceux qui refusent toute réinterprétation « historiquement informée » ni s’en inspirer directement, Haitink offre un Haydn qui respire, où il n’y a pas de place pour les effets de manche, et où l’équilibre formel n’est pas synonyme de platitude.

La Création a beau traiter des causes premières, le ton n’y est pas à la métaphysique : Haitink sait trouver le ton juste, cette émotion chaleureuse, discrète, pudique, intense tout à la fois. Et il le fait avec un orchestre qui, pour être habitué aux grandes fresques postromantiques et être connu pour cela, n’a jamais de difficultés à retrouver les couleurs et les transparences de la Vienne classique (on aimerait même l’entendre plus souvent dans ce répertoire, d’ailleurs). Un disque enregistré par les mêmes à Munich en décembre dernier en témoigne d’ailleurs déjà.

Côté vocal, les trois solistes choisis sont à la hauteur de l’événement. inquiète d’abord avec un vibrato trop large, mais les choses se rétablissent vite, et Padmore fait honneur à une carrière menée en toute discrétion, mais avec la plus haute qualité technique et intellectuelle. n’a pas tout à fait la même présence ni le même sens du texte, mais le timbre est glorieux, de même que qui est peut-être un peu trop discret. Mais la véritable star de l’après-midi, c’est le chœur de la Radio Bavaroise. Heureux Munichois : le chœur de l’Opéra est un des meilleurs du monde, mais celui de la Radio est encore mieux que cela. Cohérence, couleur, nuances, mais aussi puissance : La Création est un écrin idéal pour faire briller ce joyau musical. Haydn est à la fête.

Crédit photographique : Wikimedia Commons