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Janina Baechle: un récital sous le signe de la générosité

Toujours dans le cadre du cycle « Back to Bach » de l’Auditorium du Musée d’Orsay, et nous ont offert un long et riche récital consacré à l’influence de J.S. Bach sur les compositeurs romantiques et post-romantiques allemands.

L’art de la fugue, du contrepoint, mais aussi les dissonances et harmonies tourmentées de l’écriture du Cantor restent une école d’apprentissage, une source d’inspiration pour une génération de compositeurs en quête de renouvellement créatif et de spiritualité. Un programme tout en correspondances.

Le récital s’ouvre sur un brillant hommage à , l’un des chantres de la redécouverte de la musique du Cantor ; il n’était pas le premier à rejouer la musique de Bach, mais sa direction de la Passion selon Saint Matthieu le 11 mars 1829 à la Singakademie de Berlin a marqué l’esprit et le coeur du public comme un symbole fort du retour à la musique de Bach.

, sublimée par le piano empathique de , y déploit ici toutes les facettes de ses talents vocaux et théâtraux. De lied en lied, nous partons avec elle dans un voyage aux paysages contrastés : du planant Auf Flügeln des Gesanges, à la délicate déclamation Frage, jusqu’à la profondeur du Nachtlied, Janina Baechle cisèle chaque mot, colore chaque intention avec la précision d’un orfèvre.

Point d’ancrage ce programme, le célèbre Erbarme dich, mein Gott de J.S. Bach : sous forme de réduction pour voix et piano, cette imploration à la miséricorde divine semble entrer en résonance avec la quête de spiritualité des composieurs romantiques. Janina Baechle laisse ici les mots et leurs silences se déployer, le temps de dilate, et renforce le sentiment d’éternité de cette musique.

Puis le mystère divin se fait plus naïf et lumineux avec les Weihnachtslieder du catholique , sorte d’Oratorio de Noël de chambre pour une seule voix. Célèbre dans les pays germaniques pour la simplicité de ses tournures et sa ferveur ce court cycle nous plonge dans le temps de l’Avent.

Contrastant avec cette joie toute enfantine, le grand lied An die Hoffnung de a été chanté sublimement, avec cette palette de couleurs chatoyantes des medium et graves, le tout baigné de mélancolie et d’incertitude. L’influence de Bach semble lointaine dans cette pièce post-romantique témoignant de la fin d’un monde.

La religiosité complexe de Brahms s’exprime dans ses Quatre chants sérieux pour voix de basse, dont les textes mêlent vision pessimiste du monde et le discours sur la charité de Saint Paul.

Avec un tel programme, Janina Baechle et Marcelo Amaral ont su rendre au récital toutes ses lettres de noblesse, sachant mêler proximité avec le public et grand moment lyrique.

Crédit photo : Musée d’Orsay / Sophie Boegly