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Le Simone Kermes-show, on déteste ou on adore

Dans un programme Haendel / Vivaldi, a enthousiasmé le public de l’Arsenal à Metz. Les puristes, pourtant, trouveront bien des choses à redire.

Les puristes – on les appellera ce soir « les grincheux » – seront mis à rude épreuve. Passé le choc de la toilette – une robe noire supposée « baroque » sans doute censée s’inspirer des créations de Jean-Paul Gaultier pour Madonna (et attention, celle de la deuxième partie sera encore plus kitsch…) –, il faudra faire avec la gestuelle, les mimiques et les simagrées de la diva, davantage appropriées au concert de rock ou au numéro de revue qu’au rituel un rien guindé du concert classique. Certains airs semblent ainsi sortis de leur contexte dramatique pour devenir de simples numéros isolés destinés à mettre en valeur les pitreries de la chanteuse. A force de maniérismes et d’afféteries, on finira par trouver Cléopâtre agaçante et puis non, la Bérénice de Scipione n’a pas à être ridiculisée comme s’il s’agissait d’une furie hystérique. On pourra également trouver gênant le manque d’authenticité des ornementations de la diva, lesquelles relèvent davantage de la caricature ou de la bizarrerie ornithologique que des traités de l’art du chant de l’ottocento. Et si , indubitablement, a une voix, on ne pourra pas s’empêcher de sourciller devant les faiblesses manifestes d’un instrument facilement strident dans l’aigu, pauvre en couleurs dans le médium et aux graves systématiquement lourds et poitrinés. MAIS…

Personne ne pourra nier les trésors d’imagination et d’expression dont la Kermes fait preuve dans l’utilisation d’un instrument parfois terne, soit, mais parfaitement maîtrisé sur le plan technique. Musicienne hors-pair, la diva ba-rock entraîne dans sa démesure et sa folie interprétative les impeccables instrumentistes du , avec qui elle semble être en parfaite osmose. Nous leur devons à tous, tiré du Farnace de Vivaldi, un « Gelido in ogni vena » d’anthologie, Vivaldi dans son génie à l’état pur. Si les airs rapides que la chanteuse allemande semble tant affectionner affichent une virtuosité époustouflante – L’Olimpiade, Scipione, La Griselda, Lotario –, c‘est comme à l’accoutumée dans les airs lents et introvertis que Kermes atteint des sommets d’émotion intériorisée. Avec ce souffle parfaitement contrôlé, et surtout avec ses fameux aigus et suraigus filés pianissimo – sa marque de fabrique –, elle suspend littéralement le cours du temps. Enfin, si Kermes reste de toute évidence une interprète controversée, on ne peut que souligner les talents de communication d’une interprète particulièrement fusionnelle, qui ce soir aura mis son public à ses pieds. D’accord, les grincheux diront que « Lilli Marlene » accompagnée par des instruments anciens, le troisième bis de la soirée, cela sonne bizarre…

On a souvent reproché à Simone Kermes de s’entourer d’interprètes médiocres pour ses disques. Avec le , on ne pourra pas dire qu’elle n’a pas recherché l’excellence. Pour une fois, les concerti interprétés entre les airs n’avaient pas qu’une fonction de remplissage, et le célèbre concerto de Geminiani « La Folia », aura été un des clous d’une soirée mémorable à bien des égards.

Crédit photographique : Simone Kermes © Gregor Hohenberg