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Nouvelle version d’Israel in Egypt

À la tête du Nederlands Kamerkoor et du Concert Lorrain, propose une version archi-complète du chef d’œuvre de Haendel. La nouvelle interprétation est-elle à la hauteur de ces enjeux ?

Fallait-il une nouvelle version d’un des plus populaires des oratorios de Haendel, un des seuls à s’être toujours maintenu au répertoire depuis le vivant du compositeur ? Sans doute oui, car si la discographie est certes abondante, à côté de celle du Messie elle n’est en rien pléthorique. L’intérêt majeur de cette version, enregistrée dans la foulée d’une tournée de concerts tenue à l’automne 2014, réside tout d’abord dans ses choix textuels. Elle est en effet l’une des rares à respecter les intentions initiales du compositeur, qui avait opté au départ pour une présentation en trois parties. L’anthem composé pour la mort de la reine Caroline « The Ways of Zion do mourn », transformé pour l’occasion en « Lamentation des Israélites sur la mort de Joseph », ouvre ainsi l’oratorio dans le climat de solennité et de recueillement que n’offre pas la version traditionnellement interprétée. Le Concerto pour orgue en fa majeur, que Haendel avait exprès composé deux jours avant la première fournit ici une habile transition entre la première et la deuxième partie, « L’Exode ». L’ouvrage y gagne en longueur, mais également en cohérence et en épaisseur dramatiques.

Dans un contexte qui, quantitativement, privilégie plus encore le rôle du chœur, on louera tout particulièrement la prestation du Nederlands Kamerkoor. Ce dernier, s’il manque peut-être de théâtralité, n’en livre pas moins une démonstration de virtuosité, affichant sa maîtrise absolue de toutes les techniques du répertoire pour chœurs : récitatifs, ariosos, fugues et double fugues, déclamations homophoniques, vocalisation rapide, répons antiphoniques, etc.
Nous n’avons par ailleurs que des compliments pour Le Concert Lorrain dirigé par , le chef attitré de l’orchestre, Stephan Schultz, assurant ici la partie de violoncelle du continuo. À l’instar du chœur, l’ensemble instrumental parvient lui aussi à déjouer tous les pièges d’une écriture virtuose particulièrement redoutable.
Comme souvent dans cet ouvrage essentiellement choral, les solistes sont d’un niveau plutôt modeste. Si la soprano fait valoir un assez joli legato, le contreténor souffre en revanche d’un timbre relativement ingrat et d’un ambitus trop court qui lui rend les notes graves inaccessibles. Doté d’une voix aux couleurs typiquement anglaises, le ténor se targue en plus d’une diction irréprochable et d’un art du récit tout à fait admirable ; dans cette partition, c’est presque indispensable. Les deux basses, et Peter Harvey, font forte impression dans leur duo « The Lord is a Man of War », plus « macho » que nature.

En somme, on a affaire à une version plus qu’honorable, qui ne révolutionne pas la discographie mais qui donne une idée assez exacte de la manière et de l’esprit dans lesquels cet ouvrage toujours aussi attachant a été initialement conçu.

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