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Brundibár à Besançon 

A travers les oeuvres des compositeurs persécutés, hommages à une époque, à un style, aux victimes des nazis.

On pourra espérer loin l’époque de la découverte de ces artistes compositeurs assassinés par des nazis épurateurs de la modernité : de plus en plus, Schulhoff, Ullmann, Krása ont voie au chapitre. Seul dans ce programme l’exilé est resté dans les mémoires de façon continue. Pas pour le Berliner Requiem toutefois, à la formation originale d’accompagnement pour petit orchestre à vents. De cette cantate à l’origine pour trois voix d’homme, la version ad libitum a été choisie avec ténor, baryton et chœur d’hommes. On y gagna en densité et en expressivité. On y aurait encore plus gagné si le texte si évocateur de Brecht avait été fourni ou projeté sur un écran mural qui n’a servi à rien. Un bijou très bien desservi par les solistes dont l’interprétation du baryton faisait dans l’avant-dernière partie parfois songer à une espèce de récitatif d’un Bach contemporain.

On retiendra de l’ouverture de l’opéra d’Ullmann une musique entre deux époques, le grand thème lyrique faisant étonnamment penser à du Richard Strauss. Une façon d’intégrer à sa manière un héritage pour mieux s’en dispenser. La très contrastée ouverture a trouvé pourtant son unité au travers de la direction extrêmement précise de , aisance également présente pour les trois brefs morceaux tiré de la Suite de Schulhoff, auteur inventif (le Step pour percussions seules en 1921!) puisant aux sources modernes les plus diverses pour l’époque.

Enfin l’opéra pour enfants Brundibár. Avec ses voix juvéniles dont la fragilité en rajoute à l’émotion, plus sobre visuellement qu’elle ne l’est réellement, tous les déplacements s’effectuent sur un parcours au sol en forme d’immense croix gammée. Si le raccourci visuel n’aura été mis en valeur pour une partie du public que par un « drone » surplombant la scène, l’excellence de l’imagerie et de toute la symbolique forte qu’elle dégage suffit comme élément de décor pour cette musique touchante. Mais pourquoi y avoir intégré cette pièce de ? Le fait qu’elle y trouve sa place dans l’intention et les rapports qu’elle entretient avec l’histoire de ces musiciens déportés (le nom de Haas en notes de musique), elle ne semble par moments qu’un moyen de mettre en valeur la virtuosité de à qui elle est dédiée. Pas sûr que tous aient senti l’absolue nécessité de la chose, surtout pour les non connaisseurs de la technique du hautbois.

Il n’est pas possible de jouer uniquement des œuvres grands public dans une saison d’orchestre, à moins de ne penser qu’à remplir les salles. La politique de la Scène nationale de Besançon penche pour une autre alternative qui fait montre d’un autre respect des spectateurs, auditeurs ouverts et consentants aux audaces que l’on est toujours en droit d’attendre des programmateurs. Et quand la qualité interprétative suit, on approuve et on applaudit.

Crédit photographique : © Radio France / Christophe Abramowitz

 

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sur les mémoires des violences politiques
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