- ResMusica - https://www.resmusica.com -

La trompette virtuose d’Eric Aubier

Les Anciens et les Modernes! C’est ainsi que l’on pourrait présenter les quatre compositeurs (et même si le plus Ancien des quatre se trouve être le plus jeune, chronologiquement parlant!) auxquels est ici associée la trompette virtuose d’Eric Aubier.

Interprète aux multiples facettes, le trompettiste donne ici toute la mesure de son art au service de partitions les plus contrastées. Les vétérans de cet album – mais néanmoins « Modernes », et , s’inscrivent tous deux dans la mouvance des soixante dernières années où la « culture du son », initiée par leurs aînés Edgard Varèse  – ou plus près de nous Gérard Grisey –  nous met à l’écoute du timbre et de son devenir dans le temps et dans l’espace: des dimensions au sein desquelles s’ancre leur écriture, se déploie leur imaginaire sonore et fait jubiler la trompette d’Eric Aubier.

La série des Trames (onze à ce jour) de associe un instrument soliste au côté de l’ensemble instrumental. Dans Trame V (2003), la trompette est au centre de l’appareil orchestral, vaste toile sonore qui s’ingénie à la réfléchir, la transformer, la répercuter dans l’espace, à l’instar du dispositif électronique – celui que le compositeur met à l’oeuvre dans la série des Traces. Les diverses sourdines de l’instrument agissent comme autant de filtres sur le timbre de l’instrument soliste qui ne sera révélé dans sa réalité acoustique qu’au terme des cinq mouvements. Dans cette pièce luxuriante où la pensée de l’électronique est transférée dans l’écriture ciselée et très inventive de l’orchestre, Eric Aubier, magistral, est au côté de l’ superbement conduit par .

Aura (Par-delà les résonances) de situe le propos dans une ère spatio-temporelle très singulière; et pour ce faire, le compositeur imagine des situations de jeux toujours différentes entre soliste et orchestre. C’est une oeuvre saisissante par la richesse foisonnante de ses timbres et l’énergie qui la gorge. L’écriture inventive et raffinée, mettant le soliste au défi, engendre des fusions de matière inouïes, voire des illusions acoustiques très étonnantes lorsque la trompette, usant de ses différentes sourdines, est associée aux autres cuivres ou aux percussions. L’oeuvre d’un seul tenant maintient l’écoute suspendue à ce devenir sonore à la faveur d’une prise de son exemplaire.

Vibrante et monochrome chez , fanfaronne et loquace chez , la trompette toujours souveraine d’Eric Aubier reste chez nos deux « Anciens » l’instrument de l’expressivité néo-romantique, qui est loin d’éveiller le même intérêt pour une oreille d’aujourd’hui. Des références, certes habilement exploitées, de Bartok (« Musique pour cordes ») chez Beffa ou de Messiaen (l’écriture pour piano dans le Concerto de Bacri) ne sauraient « bâtir un univers » selon la formule significative de Mahler dans ses symphonies.

A noter tout de même un élément commun aux quatre pièces: elles sont toutes  gravées au disque pour la première fois et d’une qualité exemplaire.

(Visited 391 times, 1 visits today)