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À Toulouse, l’art retrouvé des maîtrises

Belle idée que ce programme de musique sacrée baroque française réunissant les voix d’hommes du célèbre et les jeunes voix de l’excellente maîtrise du conservatoire de Toulouse, dirigée de mains de maître par , dans le cadre des Rencontres des Musiques Baroques et Anciennes en Midi-Pyrénées organisées depuis huit ans par la scène conventionnée Odyssud à Blagnac.

Il s’agissait de convoquer des compositeurs ayant officié dans la région aux XVIIe et XVIIIe siècle, à l’exception de , dont la carrière fut exclusivement parisienne. et furent maîtres de chapelle dans cette même cathédrale Saint-Étienne. Formé à Narbonne, dirigea la musique de la cathédrale de Rodez et fut maître de musique aux États de Languedoc. Ces maîtres, qui témoignent de la qualité des maîtrises d’alors par tout le pays, n’ont rien d’obscurs faiseurs et achèveront leur carrière soit à Versailles, soit dans les maisons princières à Paris.

Dès le Cantate Domine de , dont les pierres de la cathédrale toulousaine se souviennent certainement, on apprécie une superbe adéquation harmonique entre la précision des chantres des Binchois et la fraîcheur des voix maîtrisiennes. À la grande justesse, s’ajoute une impressionnante cohésion des voix, la beauté des timbres et une ferveur dans l’expression des textes à la diction parfaite. Cette ferveur s’élève dans les parties solistes du Veni sponsa mea d’. Le Tota pulchra es à quatre voix égales de , entonné par la maîtrise seule, est un ravissement où les dessus garçons et filles rivalisent dans les hauteurs célestes.

Sous les doigts experts de Willem Jansen, l’orgue positif alterne avec le chœur dans une belle Allemande  d’Henri Dumont, puis le chœur intergénérationnel poursuit son exploration de ce répertoire longtemps injustement oublié. Les pièces de Bouzignac et Moulinié se répondent sous la direction expressive de . On goûte particulièrement les Litanies à la Vierge de Moulinié, qui ouvrent le recueil des Meslanges de sujets chrestiens, cantiques, litanies et motets, mis en musique à 2, 3, 4 et 5 parties dédié la duchesse Marguerite de Lorraine, seconde épouse de son maître le prince Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Les solistes dialoguent superbement avec l’ensemble du chœur selon une rhétorique baroque d’une grande finesse.

Le très poétique Domine quando veneris de Boni répond au 8e prélude de Dumont à l’orgue positif, tandis que Le Reniement de Saint Pierre du « nordiste » Charpentier, peut-être le premier oratorio baroque français, où la douleur s’exprime avec éloquence et dévotion, conclut ce concert de haute tenue.

Cédant aux sollicitations du public, le chœur le gratifie du céleste Ave Maria Stella de Bouzignac où le jeune soliste préfigure les voix angéliques.

Lui même issu de la maîtrise de Versailles, ne cachait pas son admiration pour la qualité de chant de la maîtrise : « Ils peuvent tout chanter et déchiffrent de façon incroyable, souvent mieux que des adultes… ». C’était d’ailleurs leur deuxième collaboration après le très bel album Polyphonies oubliées, faux bourdons XVIe-XIXe (Aparté).