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Radu Lupu et Vladimir Jurowski : Moderato cantabile

Martinů et Janáček accompagnant Mozart, voilà le programme original que nous offrait, dans la salle Philharmonie 2, le mené ce soir par .

Encadrant le piano orienté dans l’axe de la scène, les deux ensembles de cordes parfaitement symétriques placés ainsi face à face étaient complétés par les timbales pour le Double concerto de qui ouvrait le concert. Reprenant en 1938 l’esprit voire la forme du concerto grosso de plus de deux siècles antérieur, le compositeur réactualisa la forme et modernisa le ton, plus dense, rythmique et expressif que l’original. Ainsi pouvait-on entendre l’influence de Bartok bien plus que de Haendel dans cette pièce où la direction du chef favorisa la lisibilité et la clarté des plans sonores, la balance entre ses deux groupes de cordes, peut-être au détriment du piano, fondu dans la « masse » sauf, heureusement dans le second mouvement où il prend plus franchement la parole. S’il nous sembla par moment qu’un peu plus de tranchant dans les attaques et de vivacité dans les phrasés n’auraient pas nuit, cette œuvre resta constamment intéressante à écouter.

Avec le Concerto pour piano n°24, au ton presque beethovénien, on revint en pays de connaissance. Toutefois les trois mouvements, Allegro – Larghetto – Allegretto, furent baignés d’un constant « moderato cantabile » qui, bien qu’agréable à l’oreille, manquait de vie, était peu captivant, et plus beethovénien pour un sous par la même occasion. Cherchant peut-être un Mozart de l’intimité, sans doute plus approprié dans d’autres concertos qu’ici, ne réussit pas totalement à nous emporter avec lui sur ce chemin fortement chambriste parfaitement suivi par le chef, qui regroupa les cordes à sa gauche côté clavier, les vents face aux cordes à sa droite, ce qui donna parfois une curieuse perspective sonore, interdisant toute fusion ou legato musical entre les deux groupes instrumentaux, sans qu’on ait eu la sensation d’un réel bénéfice musical.

Après l’entracte ce sont six des solistes de l’orchestre qui vinrent jouer, sans chef, la suite Mládí de Janáček en sextuor à vent. Cette œuvre de forte maturité intitulée Jeunesse est traversée de climats variés, de nostalgie à humour espiègle nous dit la notice, on aurait juste aimé les percevoir plus nettement avec une interprétation plus contrastée. Après un nouveau changement de plateau vint la Symphonie n°38 dite « Prague » donnée avec toutes les reprises. Plus animée et engagée que lors du concerto, la direction de captura plus immédiatement l’attention. Très peu vibré, le son des cordes ne flattait pas forcément l’oreille, n’évitant pas toujours la répétition source de monotonie. Si, avec les reprises, le premier mouvement parut un peu long, les deux suivants semblèrent plus épanouis et le Presto final parfaitement enlevé pour conclure ce concert en beauté.

Crédit photographique : Vladimir Jurowski © Roman Gontcharov