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La Chambre Philharmonique rode son Brahms au Festival de Besançon

Le festival de Besançon, dans la politique symphonique qui a toujours été la sienne, invite et sa Chambre Philharmonique à faire dialoguer de concert Mendelssohn, Bizet et Brahms.

Le Conte de la Belle Mélusine, ouverture de , est, ce soir, bien davantage que l’apéritif d’un concert où se pressent ceux qui ont envie d’entendre pour de vrai l’art d’un chef auréolé d’une intégrale fêtée des symphonies de Beethoven. Ce splendide morceau annonce les symphonistes à venir d’un siècle où brilleront Dvorák et Brahms. Krivine fait sonner les bois de l’introduction comme ceux de la Philharmonie tchèque. On entend la Moldau, et même quelques soupçons de la Symphonie n° 4 de Brahms. Superbe !

Le bonheur d’être là se poursuit avec le bijou de Bizet, cette Symphonie en ut, dont toutes les lignes sont choyées par une baguette volubile et sûre d’elle. La grâce du second mouvement est prodigieuse, tandis que le scherzo nous ramène à Mendelssohn. Ce dialogue fécond entre les deux compositeurs génère à l’entracte un concert de louange mérité de la part d’un public dont la belle unité se fissurera hélas quelque peu ensuite.

Le geste d’un chef qui jamais ne s’attarde mettra un peu à mal la Symphonie n° 3 de Brahms, la plus difficile, celle dont l’énigmatique conclusion piano (ainsi que l’exprime avec humour Krivine juste avant le bis) impose la discrétion à des auditeurs qui auront eu le sentiment d’avoir participé à une confidence dont ils aimeraient conserver le secret. Tempo ahurissant, pourquoi pas. On se dit que l’on va forcément gagner quelque chose et que la troublante symphonie va nous être révélée, avant de devoir faire le constat qu’on y aura davantage perdu : lignes hachées, privées de respiration, musiciens parfois dépassés malgré la beauté enivrante de leur propre son. Un comble sur instruments d’époque : la timbale est des plus brumeuses. Ce qui devait sonner haut et clair brouillonne comme du Brahms orchestré par un Schumann piètre orchestrateur, tel qu’on le décrivait naguère encore, bien à tort. Peut-être tout simplement faudra-t-il à , aujourd’hui à l’orée d’une intégrale Brahms, quelques concerts encore, pour parvenir à roder et finir par imposer une option aussi impérieuse. Pour l’heure, c’est le « Poco allegretto » popularisé en chanson par Gainsbourg, redonné en bis, qui s’en sort le mieux, ainsi que, dans une moindre mesure, l’allegro final, encore plus énigmatique. Là on se croirait chez le Sibelius glaçant des ultimes mesures de sa Symphonie n° 4. Autre dialogue à venir peut-être…

Crédit photo : © Yves Petit

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