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Mariss Jansons, des Amériques en Bavière

Amériques ! Le titre du premier chef-d’œuvre d’Edgard Varèse sonne comme une promesse, d’autant plus que le coût considérable que son exécution occasionne fait de chaque concert une expérience à ne pas manquer.

Mariss Jansons, à qui on a pu parfois reprocher un répertoire particulièrement restreint, a placé la pièce à la fin d’un concert très original, autour de patries réelles et imaginaires – la Russie que Balakirev, dédicataire et inspirateur de l’ouverture de Tchaikovski, l’encourage à redécouvrir, la Finlande du jeune Sibelius, et la vision fantasmagorique de sa nouvelle patrie américaine par Varèse.

Les affinités de Jansons avec Tchaikovski sont bien connues, la parution discographique de sa Dame de Pique vient le confirmer (nous l’avions vue à l’automne dernier) : ce Roméo et Juliette en rappelle les caractéristiques essentielles, ces cordes vibrantes et dramatiques, ce sens permanent de l’expressivité sans maniérisme, très loin de la simple démonstration d’orchestre. Avant l’entracte, la pompeuse suite carélienne de Sibelius n’a pas beaucoup plus à livrer que son clinquant, mais l’admirable orchestre bavarois sait faire cela aussi, tout comme, après l’entracte, dans la « pièce surprise » annoncée dans le programme : Finlandia, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est naturellement beaucoup plus intéressante, et jouée avec l’énergie nécessaire, mais elle sert ici surtout de hors-d’œuvre à la pièce maîtresse du programme.

L’exécution d’Amériques est d’autant plus passionnante que, contrairement à l’habitude, Mariss Jansons a choisi de jouer la rare version originale de 1922. Si on peut répéter sur la version révisée de 1929 le mot ironique de Debussy sur Le sacre du printemps – « de la musique sauvage avec tout le confort moderne » -, la version de 1922 est beaucoup moins confortable. Si elle n’a pas la cohérence de la version révisée, si la multiplication d’effets sonores a quelque chose d’extérieur et de voyant, elle présente aussi une liberté beaucoup plus grande, qui favorise la multiplicité des points de vue, la perte des repères, le débordement des informations sensorielles. Si la version de 1929, très orientée par l’admiration de Varèse pour le Sacre, présente une forte connotation rituelle, il n’en est rien dans la version de 1922 qui est beaucoup plus uniment une symphonie de la grande ville, plus concrète que les nouveaux mondes prophétiques de 1929. Mariss Jansons a cependant le grand mérite de ne pas surjouer la modernité de la partition et d’y faire aussi apercevoir les influences plus classiques de l’écriture de Varèse : les cordes par exemple, ou les appels de cuivres depuis l’extérieur de la salle, n’y sont pas moins sensuels que chez Tchaikovski. Une approche payante pour un chef-d’œuvre restitué dans sa fraîcheur originelle.

Crédits photographiques : Jansons et les percussionnistes d’Amériques © BRSO

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