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Mariss Jansons enflamme La Dame de Pique

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Luxembourg. Philharmonie. 16-X-2014. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de Pique, opéra en trois actes sur un livret de Modest Tchaïkovski. Version de concert. Avec : Misha Didyk (Hermann) ; Tatiana Serjan (Lisa) ; Oksana Volkova (Pauline) ; Larissa Diadkova (La Comtesse) ; Alekseï Chichliaev (Tomski) ; Alekseï Markov (Yeletski)… Choeur d’enfants de l’Opéra National de Bavière ; Choeur de la Radio Bavaroise (préparé par Martin Wright) ; Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction musicale : Mariss Jansons.

Dame de PiqueMalgré une distribution un peu terne, la Dame de Pique de restera dans les mémoires.

La carrière de ne sera guère passée par l’opéra, même s’il a volontiers proclamé, ces dernières années, son désir de diriger des opéras. Cette exceptionnelle Dame de Pique donnée à Munich puis à Luxembourg, en version de concert, laissera bien des regrets à tous ceux qui rêvent en vain de ce qu’auraient été son Ring, son Boris, mais aussi ses Mozart. Parfois, sans doute, ce manque d’expérience s’est senti au cours du concert : sa direction a parfois fait hésiter les chanteurs – mais pas le chœur, ce chœur admirable de la Radio Bavaroise qu’il connaît parfaitement et avec lequel il est en synergie.

La distribution, il faut bien le dire, est le relatif point faible de la soirée, même si elle reste au niveau de bien des soirées d’honorable routine des plus grandes maisons d’opéra. Les différents officiers qui entourent Hermann se sortent honorablement de leurs rôles, mais leurs voix sont trop similaires et trop peu caractérisées pour vraiment attirer l’attention. Le couple central connaît parfaitement la partition, mais se révèle très inégal. passe tout le premier acte en force, donnant une image peu aimable de son personnage, même si sa voix retrouve un peu de ductilité par la suite. , elle, contrôle avec beaucoup plus de succès sa ligne vocale ; sa Lisa n’est pas des plus lumineuses qu’on ait entendues, mais le personnage qu’elle crée ainsi – aussi tourmenté qu’Hermann, aussi incapable de vivre – n’est pas sans intérêt. La Comtesse de est elle moins fantomatique et plus chantée que beaucoup d’autres titulaires du rôle : la voix combine de beaux restes de son timbre sombre et d’autres plus heurtés, et l’essentiel est sauf.

Dame de Pique 17Cependant, il faut bien avouer que c’est l’orchestre qui aura ce soir mobilisé notre attention pendant l’essentiel de la soirée. Dès les premières mesures et jusqu’à la catastrophe finale, Jansons dessine avec le geste large qui est le sien la trajectoire tragique des personnages avec un sens confondant des atmosphères et des contrastes. Il n’y a pas de place ici pour l’effet gratuit : chaque détail est subordonné au tout, et même si on est surpris de constater à chaque instant comment le moindre détail d’orchestration est mis à profit pour éclairer le chant et l’émotion, sans pour autant donner l’impression d’un discours surchargé. Une décennie après l’entrée en fonction de Jansons à Munich, le présent concert donne un admirable témoignage de l’entente exceptionnelle entre l’orchestre et le chef : sans un tel niveau instrumental dans chaque pupitre de l’orchestre, un tel concert serait impossible ; sans Jansons, comment l’orchestre pourrait-il parvenir à ce niveau de transparence en même temps que de chaleur ?

Il est fort dommage que ce concert, donné deux fois à Munich, ne parcoure pas toute l’Europe après cette unique étape luxembourgeoise ; il faut espérer du moins que le dynamique label de la Radio bavaroise l’éditera pour la postérité.

Photos :  Sébastien Grébille

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Luxembourg. Philharmonie. 16-X-2014. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de Pique, opéra en trois actes sur un livret de Modest Tchaïkovski. Version de concert. Avec : Misha Didyk (Hermann) ; Tatiana Serjan (Lisa) ; Oksana Volkova (Pauline) ; Larissa Diadkova (La Comtesse) ; Alekseï Chichliaev (Tomski) ; Alekseï Markov (Yeletski)… Choeur d’enfants de l’Opéra National de Bavière ; Choeur de la Radio Bavaroise (préparé par Martin Wright) ; Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction musicale : Mariss Jansons.

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