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Alisa Weilerstein et Inon Barnatan : duo de haute volée

et forment l’un des duos violoncelle-piano les plus excitants du moment. Les deux musiciens apparaissent dans un concert faisant dialoguer des créations contemporaines avec des œuvres plus anciennes, en lien avec l’exposition Brève Histoire de l’avenir au Musée du Louvre.

Douée d’un lyrisme, d’une assurance technique, et d’une passion dans les gestes interprétatifs, sait conjuguer toutes ces capacités pour créer un moment musical intense. Et c’est particulièrement vrai lorsqu’elle associe son talent à celui d’Inan Barnatan. Il a une sonorité onctueuse qui fond avec celle de violoncelle sans aucune confrontation ni aucun conflit : on remarque immédiatement cette qualité sonore dès les premiers accords en trémolo de la Fantaisie de Schubert. Cette œuvre, composée en décembre 1827 peu après Winterreise, et créée l’année suivante par deux virtuoses — le violoniste Josef Slavik et le pianiste Karl Maria von Bocklet — est constituée d’une introduction lente, d’une sorte de rondo dont le thème se joue en canon sur les deux instruments, de variations sur le lied Sei mir gegrüsst (D 741), et d’un « Presto » en guise de la coda. Alisa Weilerstein en tire un aspect infiniment beethovénien qui convient à merveille au timbre de son violoncelle, en parfaite harmonie avec le piano qui s’affirme autant que les cordes.

Après ce romantisme schubertien qui ne sort pas encore complètement du classicisme, on entend la création française de DreamLog, de , jeune compositeur natif de Philadelphie. L’œuvre a été composée entre août 2014 et janvier 2015, à l’intention des deux musiciens de la soirée, et comprend 11 parties. Le choix des pièces à jouer est librement laissé aux interprètes, « en ne respectant surtout pas l’ordre prévu par le compositeur ». Ce dernier précise qu’il trouve la source de DreamLog dans les fragments de rêve qu’il note, d’où le titre. Alisa Weilerstein et ont choisi quatre mouvements, marqués tous de lyrisme mais de manière très différente : agitée avec retenue, statique, belliqueuse, et contemplative. Si le début du troisième morceau évoque un lien évident avec les Sonates de guerre de Prokofiev, la quatrième pièce, très originale, introduit les souffles au micro qui peuvent être interprétés comme la représentation du vent, avec l’utilisation fréquente de portamenti au violoncelle qui font glisser les intervalles, comme symbole de la flexibilité. L’audition de ces quatre pièces suscite une grande curiosité et l’envie d’entendre l’intégralité des 11 parties.

Dans la Sonate de , c’est un autre objet de dialogue avec la composition de Hallman, ici la violoncelliste et le pianiste font démonstration d’une musicalité de très haute volée. Quand la frénésie de l’« Allegro scherzando » cède à l’« Andante » rêveur et apaisant, on goûte une expression musicale authentique, déployée avec somptuosité. Le concert est complété par le mouvement lent de la Sonate de Chopin, un véritable moment de grâce.

Crédit photographique © Jamie Jung

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