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La Donna del Lago du Metropolitan Opera

Parce que de nos jours, l’image capte l’attention plus facilement que l’écoute pure, les producteurs n’hésitent plus à éditer un DVD là où un CD aurait suffit, voir même aurait fait une référence de l’œuvre. C’est le cas de cette époustouflante Donna del Lago de Rossini captée au Metropolitan Opera de New-York.

L’histoire : Deux ténors et une mezzo tous amoureux d’Elena, la soprano, la Dame du Lac ! A peu de choses près, voilà le cliché idéal de tous les opéras de bel canto, plus occupé à montrer des performances vocales qu’à raconter une histoire intéressante. Donc, à partir de cela, peu de metteurs en scène sont à même d’apporter grand-chose à ce genre de spectacle. n’échappe pas au pensum.

Pratiquement tout l’opéra se passe sur un rocher (de carton pâte) parsemé de rares fleurettes avec, sur le fond, le lac et quelques collines boisées. On gravit le rocher, de la gauche ou de la droite, on chante son air puis, on redescend. On l’aura compris quelle que soit l’histoire qu’on veut raconter, circulez il n’y a rien à voir ! Alors quoi ? Pourquoi monter un tel opéra et pourquoi en faire une retransmission DVD ?

Parce que La Donna del Lago est un régal pour les chanteurs. Ici, la distribution est tout simplement royale. Alors, pourquoi ne pas en faire un CD au lieu d’un DVD ? Probablement parce qu’avec l’image, on est capturé par la vue des chanteurs. Et là, on est gâté. Comme l’action est à peu près inexistante, la réalisation s’est focalisée sur des gros plans des chanteurs. Ainsi, on a tout loisir d’admirer le travail du chant. Et c’est tout simplement admirable.

Avec un éblouissant, une époustouflante, une impressionnante, un magnifique, on assiste au plus beau récital costumé qu’on puisse imaginer.

Les premières quarante minutes du premier acte se limitent à un duo d’amour entre et pour mettre en perspective l’intrigue. Une joute vocale d’une exceptionnelle qualité. Malheureusement, ni le ténor, ni la soprano ne font croire un seul instant à leur idylle. Arrive Malcolm (), le fiancé promis, et c’est reparti pour un tour de chant. La mezzo italienne chantait déjà (et mieux) ce rôle en 2001. Malgré l’inévitable usure de la voix, malgré les petites tricheries vocales, elle reste généreuse et crédible dans le rôle. , galvanisé par les autres chanteurs n’est pas en reste pour faire la démonstration (réussie) de ses percutants aigus.

Le deuxième acte reste dans la même veine, c’est-à-dire qu’il ne se passe pas grand-chose scéniquement mais la verve rossinienne permet à chacun de briller. Ainsi, au début de l’acte, Juan Diego Flórez se met en danger dans un air aux vocalises stratosphériques. Il semble rejoindre les limites de ses moyens mais sa générosité artistique et sa technique vocale viennent à bout de son chant avec brio.

Joyce DiDonato continue imperturbablement sa performance vocale, un chant d’une perfection technique irréprochable. Mais tout cela manque d’émotion. En première de classe, Joyce DiDonato est parfaite mais sans âme. Comme souvent dans ce genre d’opéra, tous attendent l’air final, l’apothéose vocale. Ici, la mezzo américaine offre une démonstration stupéfiante du fameux « Di tanti palpiti ».

Un DVD à voir pour qui veut prendre une leçon de chant, pour qui veut comprendre pourquoi un chanteur est exténué après une représentation. Un DVD à voir les yeux fermés pour qui veut simplement goûter la musique et le chant.

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