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Petibon dans Britten : fulgurances et pauvretés

On attendait beaucoup de l’interprétation de dans une œuvre aussi raffinée que les Illuminations de Britten.

Cela devait être le point d’orgue du concert, mais ce fut en réalité une déception. Les Illuminations de Britten sont une œuvre redoutable à bien des égards, écrite pour la voix d’un au sommet de son art. Le chanteur, homme ou femme, dans ces dix courts mouvements qui s’enchaînent, connaît peu de répit technique, et doit faire preuve d’une constante concentration s’il veut mettre en relief les textes étranges de Rimbaud, tout en tirant parti de la prosodie complexe qu’a imaginée le compositeur.

, toujours friande de fantaisies, a eu l’idée de projeter, sur un écran en fond de scène, d’immenses images de l’univers, étoiles et galaxies, qui se succèdent sans discontinuer à la façon d’un économiseur d’écran. Elle-même complète cette gageure poétique en recourant à une gestuelle complexe pour accompagner son chant : mouvements de bras théâtraux, mimiques d’opéra, ou regards tragiques. On peut louer une telle volonté de briser ce qu’il y a de corseté dans un récital de chant – mais c’est bien mal s’y prendre que de reléguer, par ces ajouts, musique et texte au second plan. Le public s’y perd un peu, et, le regard absorbé par les clichés qui défilent, s’abandonne à la distraction, se contentant parfois de rire aux mines loufoques de la chanteuse. Les Illuminations méritent mieux.

Quant à la cantatrice, ses manœuvres l’empêchent certainement de s’appliquer tout entière à son chant, et sa prestation souffre d’intermittences. Il faut reconnaître que, soutenue par un orchestre d’une remarquable vigueur, elle offre un « Villes » époustouflant. Mais sitôt la tension agogique retombée, la « Phrase » semble nue, sèche ; la voix de Patricia Petibon accuse un certain manque de justesse dans les aigus, et son pianissimo est sans mystère. Il en va de même tout au long de l’œuvre : l’énergie rythmique aide la chanteuse à s’investir dans ses textes (« Parade », malgré une diction peu soignée, reste convaincant), tandis que les passages alanguis sonnent plus platement (« Being Beauteous » ou « Départ », où la voix de la soprano n’a pas la souplesse ou la chaleur propres à l’évocation).

Mozart et Bartók en consolation

Mozart est ô combien plus seyant à Patricia Petibon ! Dans la légèreté de ce répertoire, auquel elle est rompue, sa verve de comédienne est plus appropriée, et conquiert une nouvelle fois. Mais il fallait bien le Bartók endiablé de l’ pour achever de consoler les déçus de Britten. C’est dans cette musique qu’éclate le talent du chef  : sa rigueur rythmique, héritée sans doute de sa formation de percussionniste, est pour l’orchestre un cadre idéal, propice à l’alchimie des sonorités. Les bruits de la modernité qui parcourent l’œuvre sont grinçants, sourds, très séduisants, et la chasse du Mandarin, par laquelle le concert se termine, est haletante à souhait.

Crédit photographique : Patricia Petibon © Bernard Martinez