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Maurice Gendron, l’autre aristocrate des violoncellistes

Si parmi les violoncellistes français, les belles figures musicales de (1906-1986) et (1914-1990) sont toujours bien présentes en nos mémoires et au disque, ce n’est sans doute pas tout à fait le cas d’André Navarra (1911-1988), et encore moins de (1920-1990), dont le centenaire de la naissance de nous rappellera, par l’intermédiaire du fameux trio que sa sœur Hephzibah avait initié, quel admirable violoncelliste il était, soliste ou chambriste d’une élégante pureté classique. Aussi quel bonheur de constater qu’Universal France a décidé de publier ce coffret de 14 CDs absolument indispensable qui non seulement rassemble l’intégralité des gravures Decca et Philips, mais y adjoint aussi une bonne partie des enregistrements de la concurrence Warner-EMI, accomplis avec la belle complicité d’Hephzibah et Yehudi.

Les quatre violoncellistes précités avaient pour modèle l’illustre (1876-1973), par l’intermédiaire des légendaires (1886-1958) et (1892-1964), ce dernier suscitant bien des œuvres pour violoncelle de compositeurs français dont (qui était Suisse !) avec son beau concerto jazzy d’ailleurs enregistré par Maréchal avec le compositeur à la baguette. Si en octobre 1960, accepta d’accompagner dans les enregistrements studio des Concertos en ré majeur de Haydn et en si bémol majeur de Boccherini, c’est qu’il était parfaitement conscient des qualités exceptionnelles de son jeune poulain : il le félicitera d’ailleurs pour ses interprétations personnelles des Suites de Bach.

Mais à cette époque Maurice Gendron, qui toute sa vie eut pour idéal et modèle l’admirable violoncelliste autrichien (1902-1942), était déjà un habitué du disque, puisqu’il avait gravé dès le 20 mars 1946 un vibrant et chaleureux Concerto pour violoncelle en si mineur op. 104 de Dvořák (œuvre que Feuermann avait si souvent honorée). Cet enregistrement où on le retrouve déjà tout entier, en pleine ardeur juvénile, est vraiment bienvenu, d’autant qu’il a été magnifiquement restauré par Lionel Risler de Sofreson. Gendron réitérera cette belle réussite, cette fois en stéréo et complémenté par les rares Rondo en sol mineur op. 94 et 
Le Silence (extrait de La Forêt de Bohême) op. 68 n°5, en compagnie du très inspiré Bernard Haitink. Si l’on a souvent qualifié d’aristocrate des violoncellistes, l’expression semble tout autant convenir à Maurice Gendron pour cette élégance racée dont il auréolait chaque partition. Le Concerto pour violoncelle op. 129 de Schumann bénéficie également de deux gravures, tout aussi remarquables l’une et l’autre, mettant respectivement en valeur l’excellence de ce qui est bien plus qu’un accompagnement d’Ernest Ansermet (mono) et (stéréo). Avec ce dernier, il grava brillamment de Tchaïkovski non seulement les Variations sur un thème Rococo op. 33, dans la version intégrale rarement jouée, mais également la non moins rare Pezzo Capriccioso op. 62. Et que dire de son testament musical avec orchestre enregistré en novembre 1969 à l’Alcazar de Monte-Carlo, sous la baguette inspirée d’un Roberto Benzi si attentif, consacré à un programme tout français : Fauré, Lalo, Saint-Saëns…

Ce qui constitue toutefois le cœur de cet album, ce sont toutes ces pages de musique de chambre interprétées avec cette rare ferveur qui caractérisait Maurice Gendron, que ce soit avec son partenaire pianiste de toujours, (1912-1997), avec lequel il grava de merveilleux Beethoven, Schubert, Schumann, Fauré, Debussy, Messiaen, mais également ces perles miniatures de Françaix lui-même que sont Berceuse, Mouvement perpétuel, Nocturne, Rondino staccato, Sérénade, ou avec cet ensemble d’élite à géométrie variable fondé par où se succèdent, éblouissants, Trios et Sextuors de Beethoven, Schubert, Brahms et Tchaïkovski. Et en 14e et dernier CD, quelle dignité il parvient à donner à cette série de bis, superbement soutenu par le pianiste Peter Gallion !

Seul bémol de ce coffret, d’ordre technique, ces erreurs dans la plaquette, le verso du coffret et l’étiquetage du CD 9 : les trois premières plages de ce CD ne sont pas une seconde version du Concerto pour violoncelle en si bémol majeur (n°9) de Boccherini, mais bien le Concerto pour violoncelle en sol majeur (n°7), avec des noms de mouvements différents (les anciens microsillons, eux, étaient corrects !) Mais surtout, bien plus gênant, la version stéréo du Concerto pour violoncelle op. 129 de Schumann (, CD2, plages 10 à 12) a ses canaux gauche-droite inversés (violons à droite, basses à gauche)… Où sont donc passées les oreilles des soi-disant techniciens du son ?