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A Genève, on danse Carmina Burana

Carmina Burana, l’œuvre magistrale et emblématique du compositeur sert de support au chorégraphe français pour offrir un ballet semblant favoriser la performance plutôt que l’esthétisme.

Après la reprise de Casse Noisette de Piotr Ilitch Tchaïkovski en novembre dernier, le Ballet du Grand Théâtre de Genève propose un changement total d’atmosphère dans son second spectacle de la saison avec le chorégraphe qui, en s’attachant à l’expression de la danse moderne propose un univers corporel dans la performance athlétique plus que dans la narration ou la poésie imaginative.

Avec Carmina Burana comme support musical, l’entier de l’ et les Chœurs du Grand Théâtre de Genève sous la baguette du chef japonais , Claude Brumachon emporte les vingt-deux danseurs de la troupe du Grand Théâtre de Genève dans un ballet ininterrompu de figures acrobatiques, de gestes saccadés, de sauts, de portés audacieux, de chutes volontaires, de roulés, sensés illustrer les mots de la cantate du compositeur allemand . Dans les variations infinies de gestes, dans les courses effrénées, dans les changements fréquents de pas, de figures, de pirouettes, les ensembles sont impressionnants d’énergie et d’engagement. Peu ou pas d’interruptions, de temps laissé à la poésie d’un corps s’évadant dans l’espace. On court, on saute, on marche, on déambule comme des pantins désarticulés, on recule, on se laisse choir sur le sol, on rampe tels des poissons recherchant désespérément l’eau dans une mare s’asséchant. Et tout cela dans une grande agitation avec, sur un plateau de scène peut-être pas encore idéalement insonorisé pour ce genre de danse, un bruit des corps s’écroulant, des pieds retombant, de mains se frappant les flancs qui couvre souvent la musique.

Parce qu’avec l’orchestre en estrade surélevée en fond de scène, l’acoustique si merveilleuse de l’Opéra des Nations soudain disparaît. Autant, dans les opéras, les sons sortant de la fosse d’orchestre sont-ils magnifiquement réverbérés par le bois de la construction de ce théâtre, autant ceux de cette disposition scénique sont-ils étouffés ne laissant transparaître que les cuivres, les percussions, les intermittences du piano et les interventions du chœur, admirablement préparé. Disparues les cordes que, certes on voit s’agiter en prenant part à la musique, mais dont ne distingue guère les sons. Encore moins le grave des violoncelles du brillant des violons.

Dérangeante situation qui parfois force le spectateur à ne plus s’intéresser aux danseurs pour porter son regard à la musique. Sans véritable bénéfice. Sauf peut-être celui, fugitif, des interventions de la soprano aux aigus magnifiques et de l’aérien ténor . Dommage parce qu’avec le chef japonais , l’ se sublime souvent.

Ainsi de frustration en énervement, le spectateur cherche-t-il en vain l’idée maîtresse de cette chorégraphie. Malgré les costumes recherchés de « on aura tout vu » de et , les images proposées par le chorégraphe Claude Brumachon et son équipe n‘explicitent pas les clés du Printemps, A la taverne et Cour d’amours, les trois parties principales de cet opus de Carl Orff. En outre, ce spectacle aurait certainement été plus enthousiasmant si la musique avait eu vraiment droit au chapitre.

Crédits photographiques :  © Gregory Batardon