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La Rondine mise en scène par Villazón

Pour sa première mise en scène berlinoise, s’attaque à un ouvrage rare de Puccini, La Rondine. L’engagement de tous finit par remporter l’adhésion.

Auteur de mises en scène depuis 2010, le protéiforme n’a pas choisi la facilité en se mesurant à un ouvrage pour le moins hybride, souvent présenté comme un impossible croisement entre La Bohème, La Traviata, Le Chevalier à la rose et La Chauve-souris. De fait, le mélange des genres inhérent à cet opéra peu connu de Puccini réussit assez bien au bouillonnant ténor, qui semble n’avoir aucun mal à traiter conjointement les éléments comiques et mélodramatiques d’une œuvre injustement négligée par les grandes maisons d’opéra.

Les idées ne manquent pas, à commencer par le choix plutôt pertinent de situer l’intrigue de l’ouvrage dans le Paris des années 20, en plein milieu du courant surréaliste. Mixité sociale, libertés vestimentaires, mœurs sexuelles, comportements transgenres, postures et attitudes frôlant l’obscénité, tous ces éléments caractérisent un petit monde artistique parisien manifestement en perte de repères et de valeurs. Curieusement, c’est un gigantesque portrait Renaissance qui domine le plateau au premier acte, pour réapparaître en version « Magritte » au troisième. Cette toile emblématique semble à la fois « encadrer » les faits et gestes des uns et des autres, au sens littéral du terme, mais elle se lit aussi comme une véritable mise en abyme de l’action. Tout au long de l’opéra trois personnages privés de visage suivent les allées et venues de Magda, symbolisant sans doute la chimère après laquelle court cette héroïne touchante, mais vue finalement comme étant volage et davantage éprise de liberté que d’amour. Sans être fracassante, la lecture de l’œuvre est cohérente de bout en bout, et elle correspond en tout point aux non-dits et aux sous-textes de l’opéra de Puccini.

Le plateau ne contient aucune faiblesse particulière, les petits rôles étant tous excellemment tenus. En Lisette et en Prunier et forment un couple tout à fait attachant, au jeu infiniment varié et convaincant même si leur chant n’est pas forcément du meilleur niveau. Élégant d’allure comme de style, confirme qu’il est un ténor sur qui il faut désormais compter, car sa voix a su, d’année en année, gagner en volume et en couleurs. En Magda, la jeune Azerbaïdjanaise est une véritable révélation. Dotée d’un soprano crémeux à souhait, aux sublimes aigus émis pianissimo comme il se doit, elle se montre également une actrice convaincante et investie, parfaitement à l’aise sur un plateau relativement encombré. Chœurs, orchestre et chef se montrent tous à la hauteur de la situation.

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