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Carmen, encore et encore ! Pour qui ?

En décembre 2006, la scène du Covent Garden de Londres résonnait des accents d’une production de la metteure en scène de Carmen de Bizet qui allait susciter l’enthousiasme du public. Une production qui voyait la mezzo-soprano italienne Anna Caterina Antonacci dans le rôle-titre donner la réplique au ténor vedette Jonas Kaufmann qui faisait ses débuts sur la scène londonienne.

C’est la reprise de ces mémorables soirées, en octobre 2009, qui fait aujourd’hui l’objet de ce DVD. La mise en scène de est inégale. Si certaines scènes sont particulièrement réussies (les enfants de la garde montante, l’arrivée d’Escamillo), d’autres scènes frisent la caricature (le ballet chez Lillas Pastia au deuxième acte). Parfois spectaculaire, sa direction d’acteurs montre son idée de faire de sa Carmen une femme plus qu’une allumeuse. L’idée se défend sauf qu’à certains moments, on retrouve une Carmen aguicheuse plus fille de joie qu’icône de féminité.

La distribution vocale est sensiblement différente de celle qui a fait le succès des représentations de 2006. Dans le rôle-titre la mezzo offre une prestation plus qu’honnête quand bien même elle ne touche pas aux sommets de l’interprétation du rôle. La voix est belle, investie mais sans génie. Suivant les indications de mise en scène avec sérieux et conscience, si sa Carmen n’est pas la vamp si souvent caricaturée dans l’œuvre de Bizet, elle reste néanmoins beaucoup trop sage pour qu’on croie à son personnage.

A ses côtés, le ténor (Don José) jouit d’une voix quelque peu fruste, souvent engorgée mais fait preuve d’une belle vaillance. Il termine mieux qu’il n’avait commencé et peut-être que sa gaucherie théâtrale le dessert au point de lui trouver de plus grands défauts vocaux qu’il n’en a en réalité. La soprano lituanienne (Micaëla), scéniquement peu crédible, est une honnête interprète mais sans grand charme. Quant au bariton grec (Escamillo), il est un très beau toréador et ses interventions sont extrêmement rafraîchissantes dans la grisaille vocale de cette production.

Au pupitre, le chef prend des tempo de sénateur qui ne conviennent pas du tout à l’esprit de cette œuvre si dynamique. En résumé, le marché du DVD offre un grand nombre de versions de loin meilleures que celle-ci. Carmen, encore et encore ! Mais pour qui ? Peut-être qu’ici les amateurs “télévisuels” lui donneront la préférence en raison de la version en 3D qu’on trouve dans l’édition Blu-Ray !