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Manon avec Annick Massis

Dans un rôle qui lui va comme un gant, illumine de sa présence vocale une mise en scène plutôt inventive, mais malheureusement desservie par la captation vidéo.

Initialement conçue en 2012 pour , laquelle avait fini par se désister, cette production liégeoise de la Manon de Massenet fut reprise en 2014 à l’intention d’. C’est incontestablement la présence de la grande soprano française qui fait tout le prix de ce DVD, dont la bande-son a également donné lieu à un album CD peut-être préférable à la version vidéo.

Si la mise en scène de ne manque pas d’idées, notamment celle qui consiste à concevoir l’opéra comme la lecture rétrospective par l’héroïne des grands moments de sa vie, la captation-vidéo de Jacques Croisier manque malheureusement de transparence et de lisibilité. Du coup le concept qui consiste à voir les scènes de l’opéra comme autant de pages d’un grand livre d’images s’en voit quelque peu affaibli. L’utilisation du gros plan, par ailleurs, n’arrange pas certains interprètes parfois affublés de costumes incongrus ou décalés : Manon revêtue d’un tablier de soubrette ou d’un manteau de fausse fourrure digne de Cruella d’Enfer dans Les 101 Dalmatiens ; Guillot de Morfontaine en chef de gang… Mais si les costumes visent à cultiver la dimension intemporelle de l’œuvre, le cadre de référence de cette dernière serait plutôt la Belle-Époque, ce qui convient tout à fait à l’esthétique générale de l’œuvre. On notera ainsi, malgré d’inévitables anachronismes – la présence de la bouche de métro lors de la scène du coche –, la réussite de plusieurs tableaux habilement mis en place, notamment la scène de Saint-Sulpice ou encore celle de l’hôtel de Transylvanie. Dans les deux cas on y retrouve sous une forme détournée la fameuse « petite table » de l’acte 2, lien iconique entre les grandes étapes du parcours de la malheureuse héroïne.

Le plateau est dans l’ensemble de qualité moyenne, et le français de certains interprètes plus qu’approximatif, notamment chez les ténors. Parmi ces derniers, est doté d’une voix riche et solaire, mais le style, l’élégance et la souplesse font parfois défaut. Chez les voix graves, on préfèrera le Lescaut léger et juvénile de , Roger Joakim n’ayant pas véritablement les notes graves de Des Grieux père. Souveraine en Manon, Annick Massis maîtrise tous les aspects contradictoires de son rôle. Mutine et coquette à l’acte 1, émouvante au 2, éblouissante au Cours-la-Reine et perverse comme il se doit à Saint-Sulpice, elle domine sans embûches les ensembles de l’acte 4 pour monter, amoureuse sublimée, vers de nouveaux sommets au 5. Il était temps que cette prise de rôle relativement récente (Rome en 2010) soit immortalisée pour les générations à venir. À la tête d’un orchestre un rien routinier, donne vie et corps à l’instrumentation de Massenet, dont il souligne l’efficacité et la subtilité.

Une mise en scène qui ne fera pas date, donc, mais une incarnation vocale qu’il était indispensable de préserver.