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Andrea Chénier avec Jonas Kaufmann en DVD

Mis en scène par , tout comme dans la flamboyante Adriana Lecouvreur d’il y a quelques saisons, le talentueux ténor illumine de sa présence un ouvrage dont le succès repose en grande partie sur le rôle-titre. Il n’est pas sûr cependant que l’exploit du metteur en scène soit renouvelé.

La réussite de l’ouvrage de Cilea était en partie due à l’habile manière dont McVicar avait su tirer à profit la spécificité de l’intrigue et des multiples possibilités de mise en abyme qu’elle renferme. Avec Andrea Chénier, ouvrage théâtralement plus plat qu’Adriana Lecouvreur, le metteur en scène semble chercher à se réfugier dans un réalisme de bon aloi, soignant la qualité des éclairages, la vraisemblance des costumes et l’efficacité de la scénographie. Mais une mise en place ne constitue pas forcément une mise en scène, et l’on chercherait en vain un quelconque concept qui éclairerait les contextes révolutionnaires montrés au spectateur. Mais après tout, le premier degré peut parfois avoir du bon et ce plateau si bien chantant, ces chanteurs évoluant dans des décors confondants de naturel, évoqueraient presque l’opéra de grand-papa dont se repaissaient nos aînés.

Sur le plan vocal, on goûtera évidemment l’ardeur scénique et vocale de , parfaitement convaincant dans ce rôle qu’il abordait à Covent Garden pour la première fois de sa carrière. La beauté de ses phrasés, l’infinie palette de couleurs et de nuances dont il dispose, pour ne rien dire des exceptionnelles possibilités dynamiques que sa voix lui offre, font du grand ténor allemand un Chénier tout à fait exceptionnel. À ses côtés, seul le baryton se situe sur les mêmes sommets, son fameux « Nemico della patria » lui valant une ovation presque supérieure à celles suivant les solos de Kaufmann. Vaillante et fiable, ne propose pas du rôle de Maddalena, dont elle n’a pas la vocalité, une interprétation inoubliable, mais elle reste une chanteuse solide. Denyce Graves, en revanche, serait plutôt du « luxury casting » pour le petit rôle de Bercy et l’on pourra en dire autant de , Maddalena d’il y a trente ans à Covent Garden que l’on retrouve ici au premier acte en vieille comtesse de Coigny. Si les comprimari sont, comme toujours à Londres, tous bien tenus, c’est surtout la direction d’ que l’on retiendra, pour un ouvrage dont la partie orchestrale n’est pas toujours la composante la plus passionnante. Lyrique et enflammée, cette direction aura fourni aux chanteurs le tapis orchestral qui leur a permis de donner le meilleur d’eux-mêmes.