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Quatuor de stars pour Adriana Lecouvreur

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Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur. Mise en scène : David McVicar. Décors : Charles Edwards. Costumes : Brigitte Reiffenstuel. Lumières : Adam Silverman. Chorégraphie et mouvements : Andrew George. Avec : Angela Gheorghiu, Adriana Lecouvreur ; Jonas Kaufmann, Maurizio ; Olga Borodina, Princesse de Bouillon ; Alessandro Corbelli, Michonnet ; Iain Paton, Poisson ; David Soar, Quinault ; Janis Kelly, Mlle Jouvenot ; Sarah Castle, Mlle Dangeville ; Maurizio Muraro, Prince de Bouillon ; Bonaventura Bottone, Abbé de Chazeuil. Chœur du Royal Opera (chef de chœur : Renato Balsadonna). Orchestra of the Royal Opera House, direction : Mark Elder. Réalisation : François Roussillon. Enregistré en direct au Royal Opera House, Covent Garden, les 22 novembre et 4 décembre 2010. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol. Notice en anglais, français et allemand. Format image : NTSC 16:9. Format son : LPCM Stereo, DTS Digital 5.1 Surround. 2 DVD. Decca 074 3459. Code-barre : 044007 434598. Zone 0. Durée totale : 150’ (opéra), 23’ (bonus)

 

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Les belles productions d’Adriana Lecouvreur ne font pas légion, et l’on se réjouira de la parution de ce DVD issu des représentations données à Covent Garden au cours de l’automne 2010, lorsque la prise de rôle d’, artiste particulièrement chérie du public londonien, avait défrayé la chronique. C’est pourtant tout d’abord la réussite d’ensemble que l’on saluera, à commencer par la direction musicale attentive de , qui de toute évidence croit et chérit une musique qui continue en France à compter bien des détracteurs. Loin de se contenter de bichonner ses stars, le chef anglais soigne tout particulier les nombreux ensembles musicaux qui émaillent cette partition issue du vérisme italien, mais qui n’en préserve pas moins son originalité et sa spécificité.

La mise en scène de , axée sur l’exploration du concept du « théâtre dans le théâtre », est également d’une grande finesse, parvenant presque à rendre compréhensible une des actions les plus alambiquées du théâtre lyrique. En ne cessant de montrer comme il le fait les aspects les plus divers de « l’envers du décor », le metteur en scène écossais réussit également à mettre à nu tous ses personnages, perdus l’un comme l’autre, et chacun à sa manière, dans un monde d’illusions qu’ils ont bien du mal à distinguer de la réalité. Adriana est en effet loin d’être la seule à rêver et à fantasmer sa vie de femme, qu’elle semble avoir tant de mal à dissocier de celle des héroïnes qu’elle incarne sur scène.

Le plateau réuni sur la scène de Covent Garden est en tout point exceptionnel, à commencer par les comprimari, tous irréprochables. Dans les rôles plus consistants, est un Michonnet bouleversant, lui aussi accroché à rêves et à ses illusions ; son jeu sobre et digne, son chant soigné et sans emphase, soulignent l’humanité d’un personnage réellement attachant. est quant à elle une torrentielle princesse de Bouillon, déchaînée dans sa passion et tout à fait dans la tradition des grandes mezzos (Simionato, Cossoto, Obrastsova) qui ont marqué le rôle de manière indélébile. lui est presque supérieur encore en Maurizo. Doté du physique idéal, il n’hésite pas à faire ressortir la duplicité d’un personnage manipulateur, partagé entre son ambition politique et la sincérité de ses sentiments. Son chant vaillant et subtil, la beauté des ses phrasés demeurent eux aussi tout à fait exemplaires.

En Adriana, le personnage composé par risque de ne pas remporter l’adhésion. Son parti pris de faire de la tragédienne mythique de la Comédie-Française, de l’incarnation de la Diva avec un grand « D », une « petite femme » puccinienne s’éloigne de la tradition des Adriana « grande dame du théâtre » telle qu’elle a été façonnée dans les années 1950 par les Olivero et Tebaldi. L’Adriana de Gheorghiu, perdue dans ses fantasmes et son monde imaginaire, tient davantage, il est vrai, de la midinette, et c’est bien là son charme, sa vérité et sa tragédie. Écrasée par le monde des puissants, Adriana meurt d’avoir voulu sortir de l’univers social et professionnel auquel elle était semble-t-il destinée. Sur le plan vocal, Gheorghiu déploie les sortilèges d’un instrument de taille certes moyenne – davantage Mimi que Tosca… – mais dont elle se sert avec délicatesse pour caresser les sublimes phrases de sa partie, plus sans doute que pour s’investir à fond dans les grandes scènes dramatiques : la déclamation de Phèdre à la fin du troisième acte reste à cet égard un des passages les moins convaincants de sa prestation.

On pourra donc se délecter sans réserve de ce DVD très réussi, qui permettra en plus de redécouvrir une œuvre que l’on croit connaître, mais qu’il est toujours stimulant d’explorer plus avant.

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Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur. Mise en scène : David McVicar. Décors : Charles Edwards. Costumes : Brigitte Reiffenstuel. Lumières : Adam Silverman. Chorégraphie et mouvements : Andrew George. Avec : Angela Gheorghiu, Adriana Lecouvreur ; Jonas Kaufmann, Maurizio ; Olga Borodina, Princesse de Bouillon ; Alessandro Corbelli, Michonnet ; Iain Paton, Poisson ; David Soar, Quinault ; Janis Kelly, Mlle Jouvenot ; Sarah Castle, Mlle Dangeville ; Maurizio Muraro, Prince de Bouillon ; Bonaventura Bottone, Abbé de Chazeuil. Chœur du Royal Opera (chef de chœur : Renato Balsadonna). Orchestra of the Royal Opera House, direction : Mark Elder. Réalisation : François Roussillon. Enregistré en direct au Royal Opera House, Covent Garden, les 22 novembre et 4 décembre 2010. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol. Notice en anglais, français et allemand. Format image : NTSC 16:9. Format son : LPCM Stereo, DTS Digital 5.1 Surround. 2 DVD. Decca 074 3459. Code-barre : 044007 434598. Zone 0. Durée totale : 150’ (opéra), 23’ (bonus)

 
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