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Sacrées histoires de Charpentier à la Chapelle Royale

La période de Noël à la Chapelle Royale correspond à une programmation de musique religieuse foisonnante comprenant cette année les Histoires Sacrées de par l’, en résidence au Théâtre de Caen depuis cette année. La première aventure théâtrale de et de son ensemble se révéle bien prometteuse. Sous la complicité de Vincent Huguet, la qualité individuelle des interprètes associées à l’équilibre et à l’énergie collective, démontre que l’ fait aujourd’hui partie des meilleurs ensembles baroques.

« Alors que notre société a vu revenir brutalement et durablement au premier plan la figure du martyr, face à laquelle l’incompréhension domine, alors qu’au nom du religieux, les tensions s’exacerbent, Judith la veuve héroïque, Madeleine la pénitente ou Cécile la convertie peuvent descendre de leurs retables pour nous donner à voir et à entendre la force de leur expérience. » Quelle approche malheureuse que celle proposée par Vincent Huguet, le metteur en scène de ces Histoires sacrées ! Par ce prisme, ces fresques bibliques ne peuvent susciter qu’effroi et dégout auprès du public parisien d’aujourd’hui. En tant que spectateur du XXIe siècle, il est au contraire indispensable de mettre ces oratorios en regard avec le contexte culturel et spirituel français de l’époque, avec l’ensemble de la production religieuse du maître de musique de Madame de Guise et des Jésuites, mais également avec l’écoute attentive des mécènes du compositeur. De cette manière, la singularité de ces petites pièces lyriques mettant en scène des passages de l’Ancien Testament et leurs qualités musicales et dramatiques peuvent pleinement ressurgir.

Ici, les citations de passages narratifs de la Bible sont récitées en latin par un historicus, à quoi s’ajoutent des récits plus sommaires chantés par un ensemble de voix alors que les solistes interviennent à la première personne. D’un point de vue stylistique, ces Histoires sacrées (au nombre de trente-cinq alors que six sont jouées ce soir) prennent pour modèle les oratorios de Carissimi mais étendent également leurs racines vers d’autres influences. Du côté italien, ce sont le récitatif, l’aria et l’arioso tels que les pratiquaient Luigi Rossi à Rome au milieu du siècle et l’instrumentation italienne à quatre parties et en trio. Les agréments, les lignes vocales coulantes, les ensembles vocaux homorythmiques, les changements métriques et l’harmonie riche en dissonances sont autant de touches françaises qui trahissent l’influence de Lalande.

Autour d’un décor composé d’une simple toile de fond prenant merveilleusement la lumière et de trois cubes amovibles représentant successivement un désert, des portes puis une grotte (simple mais efficace), c’est en vérité une lecture scénique et musicale à la fois sensuelle, physique mais aussi extrêmement violente au moment de l’assassinat d’Holopherne par Judith alors que sa servante se fait violer par trois hommes au même instant, qui nous est proposé. Les costumes monochromes de Clémence Pernoud agrémentent parfaitement cette mise en scène où la précision de la direction d’acteurs permet de fait vivre ces tableaux vivants en sublimant chaque instant vocal ou dramatique.

L’ensemble de la distribution se distingue par la qualité des individualités et par un équilibre collectif hors norme : l’homogénéité des voix, la pureté du son, les respirations… Tout y est ! sort pourtant son épingle du jeu par une approche complète du rôle de Judith et une voix gracieuse, forte d’une projection indéfectible. Séductrice tout autant que combative, l’interprète nous offre un moment de grâce empreint d’une profonde piété au Domine Deus. Belle tragédienne, présente une incarnation de Madeleine assez déroutante. Ce ne sera pas la vérité des lamentations de Magdalena Lugense qui sera remise en cause, mais plutôt un timbre de bas-dessus androgyne auquel nous ne pouvons adhérer que partiellement malgré ses richesses harmoniques. déploie, quant à elle, une belle maîtrise de chant et de jeu pour le personnage de Cécile alors que celui-ci se révèle le plus complexe des trois.

De son clavecin, trouve l’équilibre parfait entre les voix et l’ensemble d’instruments anciens alors que la partition multiplie les oppositions d’effectifs et d’allure, soutenant ainsi une parfaite symbiose entre la scénographie, le chant et la musique. La soirée se termine par le trio a capella des trois jeunes femmes, Sub tuum Praesidium, afin que la pureté des sonorités baroques résonne encore au moment des applaudissements.

Photos : Ensemble Correspondances © Philippe Delval