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La somptueuse 2e symphonie de Franz Schmidt sublimée par Semyon Bychkov

Éblouissant chef d’œuvre de la symphonie viennoise du XXe siècle, la Symphonie n° 2 de revient enfin au catalogue par les Wiener Philharmoniker – l’orchestre même auquel le compositeur a appartenu en son temps – sous la baguette fervent de Bychkov qui s’est pris de passion pour cette grande page encore méconnue. Une merveille indispensable !

On connaît mal en France la musique de et c’est bien dommage ! Car cet élève de Bruckner, qui fut violoncelliste au sein des Wiener Philharmoniker, est l’un des plus grands compositeurs viennois du siècle dernier. Les discophiles ont appris à aimer son monumental oratorio « Le livre aux sept sceaux » d’après l’Apocalypse de saint Jean, ou sa sombre Symphonie n° 4, véritable requiem instrumental à la mémoire de sa fille. Mais sa musique de chambre (deux quatuors et trois quintettes avec piano), ses trois premières symphonies comme ses autres pages d’orchestre, ses deux opéras ou son oeuvre d’orgue, en font l’un des maîtres les plus complets et inspirés du XXe siècle autrichien.

s’est pris de passion pour sa Symphonie n° 2 (1913) que le regretté critique Paul-Gilbert Langevin qualifiait de monument le plus éblouissant de la symphonie viennoise après Mahler. C’est d’ailleurs la mort de Mahler, maestro ombrageux et mécontent qu’un musicien de son orchestre compose et ait du succès, qui libéra le formidable élan créateur d’où jaillit cette symphonie. Un orchestre énorme et divisé à l’extrême (les musiciens viennois qui adorent et défendent Schmidt contre vents et marées reconnaissent la terrible difficulté d’exécution de cette musique) est au service d’une richesse d’inspiration illimitée. De moins de cinquante minutes, la symphonie s’ouvre par un allegro orageux et straussien, digne de la Heldenleben par son climat héroïque, avant un génial cycle de variations qui fait office de mouvement lent et de scherzo. Les premières sonnent comme un hommage à Brahms avant une somptueuse variation à la hongroise (Schmidt était natif de Bratislava, à la frontière de l’Autriche, de la Hongrie et de la Slovaquie) puis un scherzo associant une tension brucknérienne et un trio d’une intensité digne du dernier Schubert. Après ce mouvement proprement génial, le puissant finale débouche sur un choral lui aussi brucknérien mais dont la superposition avec le retour de la variation hongroise n’appartient bien qu’à Schmidt. Dans la discographie trop pauvre de cette page magistrale, deux gravures viennoises demeuraient la référence : Mitropoulos en 1958 puis Leinsdorf en 1983. La nouvelle venue possède une qualité sonore supérieure, tandis que les Viennois demeurent sans rivaux dans ce style très particulier. Bychkov les guide avec un véritable amour pour la partition (même si nous gardons une légère préférence pour Leinsdorf), audible au point de rendre ce CD indispensable à tous les amoureux de l’orchestre. Le bref complément tiré d’Intermezzo de Strauss est certes ravissant, mais on aurait préféré une autre grande page de Schmidt (les exubérantes variations sur un thème hussard ou la monumentale chaconne, deux autres chefs d’œuvre trop peu enregistrés). Faible réserve devant ce superbe enregistrement, dont la belle pochette s’orne avec à propos des rinceaux du pavillon de la Sécession.