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Turandot à Londres, toujours un très grand spectacle !

En reprenant encore une fois la production de Turandot d’, le Royal Opera House réussit de nouveau à créer un magnifique spectacle, porté par deux distributions de très grande qualité et par un chef déjà impressionnant par la dynamique et l’énergie fournies l’an passé dans la fosse de Munich. A Londres, l’orchestre comme le chœur plongent l’auditeur dans la partition de Puccini, seulement perturbée par le finale sans finesse de .

La mise en scène d’ a 33 ans, mais lorsqu’une production est intelligente et superbement construite, elle ne vieillit pas. Ainsi en est-il de la Turandot du Royal Opera House et d’une cour de palais chinois pourtant bien inspirée d’un intérieur de théâtre élisabéthain. La couleur de bois sombre du décor de Sally Jacobs s’oppose aux teintes claires et vives des costumes et des masques, très importants dans cette proposition où tout le monde avance à couvert dans un monde dominé par une héroïne surpuissante.

En fosse, Dan Ettinger revient à l’œuvre jouée l’an passé à la Bayerische Staatsoper – que nous avions entendue avec un autre chef – et dont la particularité était un final s’achevant sur la mort de Liù, donc à la fin de la partition de , celui-ci étant décédé juste après. Ettinger peut parfois manquer de finesse, mais il fait ressortir avec magnificence les soli de l’alto et surtout ceux du premier violon pendant la mort de Liù, en plus de jouer avec les forte des splendides cuivres et percussions de l’orchestre, au risque de bousculer les équilibres habituels.

Sur scène, il y a deux distributions mais nous n’avons pu couvrir celle avec Lise Lindstrom, Roberto Alagna et Alexandra Kurzak. Il reste alors la seconde avec dans le rôle-titre une hallucinante quelques années plus tôt au même endroit en Elektra. Dans le rôle de Turandot, plus apparenté à la souplesse d’une Salomé – ce qu’est Lise Lindstrom dans l’autre casting – la soprano passionne grâce à un timbre assombri dans le bas du spectre. La voix convient en revanche moins aux notes hautes et même si elle les atteint toutes, il apparaît alors un vibrato marqué et un manque d’éclat à l’aigu.

Impressionnant et encore plus en voix qu’à La Scala où il avait dû annuler toutes les dernières face à Nina Stemme deux ans plus tôt, Aleksandrs Antoņenko tient un Calaf viril. Son Nessum Dorma perd en douceur, mais il surpasse dans le dernier duo et tient d’une voix de maître tous les premiers tableaux. le défend en Liù et meurt pour lui dans un dernier air superbement contrôlé, même si cette bel cantiste à la ligne de chant droite apte à se jouer de n’importe quelles parties hautes peut manquer d’émotivité dans certains passages importants, notamment l’avant dernier air Tanto amore segreto.

Des seconds rôles, les deux ténors (Pang) et (Pong) offrent un style scénique et vocal de masques chinois totalement en phase avec la production, revue grâce au travail d’Andrew Sinclair, quand le baryton de convainc légèrement moins en Ping, sans pour autant démériter. déçoit en revanche dans ses interventions peu marquantes en Mandarin, quand ravit en vieil Empereur Altoum lorsqu’il descend à plusieurs reprises sur sa nacelle dorée.

Le montre une nouvelle fois son extrême qualité et la capacité des formations d’Outre-Manche à chanter aussi bien l’allemand que l’italien avec les divers styles qui conviennent à ces musiques. Le chœur magnifie toutes ses scènes, tant mystiques que violentes. Il fallait au moins ça pour accompagner une fosse et un plateau d’un tel niveau !

Crédits photographiques : Turandot au Royal Opera House sous la mise en scène d’Andrei Șerban © Tristram Kenton / Royal Opera House