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Deuxième disque du Rachmaninov romantique de Litvintseva

La pianiste russe donne une suite à son enregistrement d’œuvres de jeunesse pour piano seul de Rachmaninov, avec les Morceaux de salons (1894) et les Variations sur un thème de Chopin (1902-03). Nous y retrouvons son romantisme assumé, profond et délicat.

Le disque, intitulé « Turning point » veut évoquer un tournant dans l’œuvre du compositeur, en rassemblant des pièces faisant encore explicitement référence à Chopin, mais déjà pleines des développements virtuoses, des élans lyriques russes, et de la mélancolie qui marquent le romantisme tardif de Rachmaninov.

Les Morceaux de Salons reprennent ainsi les formes mêmes du romantisme de Chopin, comme le nocturne (dont le thème n’est ici pas sans rappeler le lyrisme des Saisons de Tchaïkovsky), la mazurka, ou encore la valse. y développe un grand sens du lyrisme et du phrasé, qui laisse deviner un rapport tout charnel au clavier, le tout avec un romantisme assumé mais non caricatural, particulièrement dans le Nocturne, la Romance, la Mélodie ou encore la belle Barcarolle et son délicat accompagnement arpégé. La Valse retrouve même son allant (et son intérêt), et nous aimons la plus célèbre et entraînante Humoresque. La pianiste donne ainsi une intensité romantique à une œuvre qui a pu être jugée secondaire, quoique le compositeur affectionnât de la jouer en public.

Les 22 Variations sur un thème de Chopin prennent le Prélude en do mineur, op. 28 n°20 pour point de départ des développements personnels et consistants de Rachmaninov. Litvintseva y développe sa virtuosité avec évidence. Son style est toujours d’un romantisme sensible, sans fougue ni contrastes violents, moins dramatique que chez Daniil Trifonov ou Nikolaï Lugansky, par exemple. Ceci est ressenti dès l’exposition du thème, religieux et mélancolique et, de manière encore plus évidente, dans le Maestoso final. Un premier ensemble de ces courtes variations évoque la stylistique des chorals de Bach, la pianiste y voyant « une dimension grave voire religieuse », selon le livret. Les références aux fugues de Bach sont aussi évidentes (1 à 3, 12), tout en étant jouées avec un legato marqué. Les phrases sont amenées avec soin, déroulant avec fluidité le foisonnement de notes, dosant subtilement la pédale, et parfois, avec un beau rubato. Ce jeu est encore plus convaincant dans les variations mélancoliques, comme les 13, 14 ou 16 ou plus ouvertement romantiques, comme dans variations 6 ou 15.

Ekaterina Litvintseva reste plus connue en Allemagne, où elle a reçu une partie de sa formation, qu’en France. Si l’on peut préférer les enregistrements des célèbres Vladimir Ashkenazy, Daniil Trifonov, Nikolaï Lugansky, ou encore Jorge Bolet (voir l’intégrale Rachmaninov chez Decca), la sensibilité sincère, alliée à la maîtrise technique de cette pianiste valent pourtant le détour.

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