Trifonov et Nézet-Séguin en état de grâce pour Rachmaninov

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Rhapsodie sur un thème de Paganini, op.43 ; Variations sur un thème de Chopin, op.22 ; Variations sur un thème de Corelli, op.42. Daniil Trifonov (né en 1991) : Rachmaniana. Daniil Trifonov, piano. The Philadelphia Orchestra, direction Yannick Nézet-Séguin. 1 CD Deutsche Grammophon 479 4970. Livret soigneusement illustré de 22 pages trilingue français, anglais, allemand. Enregistré à New-York et Philadelphie en mars 2015. Durée : 79′

 

trifonov-variationspaganini, et le  sont en état de grâce pour la célèbre Rhapsodie sur un thème de Paganini. Leur interprétation se hisse aisément dans les sommets de la discographie.

Dans l’entretien que Daniil Trifonov avait donné à ResMusica en 2013, le jeune pianiste expliquait que la fraîcheur de son jeu s’expliquait par l’importance qu’il accordait à « regarder l’œuvre sous différents angles, d’élargir sa perspective, d’essayer de jouer dans plusieurs ambiances différentes, cinq ou dix, de jouer le même morceau de manières exagérées, et ensuite de jouer naturellement. »

C’est vraisemblablement ce travail qu’il a mené ce disque Variations consacré à , son compositeur de prédilection (comme en témoigne son propre hommage Rachmaniana composé à l’âge de 18 ans quand il était aux Etats-Unis et nostalgique de sa Russie natale). De bout en bout son jeu respire avec naturel, passant par toutes les couleurs de la virtuosité avec une légèreté et une fluidité confondante.

Cette réussite est encore plus frappante dans la Rhapsodie sur un thème de Paganini, car aux qualités du soliste s’ajoute une entente rare avec le chef et son orchestre, le . Cette formation assura la création et l’enregistrement de l’oeuvre en 1934 avec et le compositeur au piano (1 CD Naxos), et la comparaison est aussi indispensable que flatteuse pour les deux générations. Face aux créateurs où le maintien d’une raideur souveraine (qui n’est pas de la rigidité) de Rachmaninov savait laisser place à des accélérations de folie, Trifonov et Nézet-Séguin répondent par une précision rythmique, un swing communicatif et de pures plages rêveuses. Les Anciens s’inscrivaient dans la grande tradition, impressionnante et sévère, les Modernes mettent en valeur ce que la musique de Rachmaninov emprunte à la musique américaine et l’influence que le lyrisme romantique du compositeur a pu avoir sur la musique de cinéma. Et on  ne voudrait se passer ni des uns ni des autres.

De la Russie aux Etats-Unis, de l’exil de Rachmaninov fuyant la Russie devenue communiste et invivable pour lui à la carrière internationale de Trifonov parti de Nijni Novgorod, de la musique classique qui se mélange au fox-trot et au boston (une sorte de valse lente à 3 temps apparue aux Etats-Unis fin XIXème), cette Rhapsodie version 2015 est une ode, pleine de jeunesse et d’optimisme, au mélange des genres et des influences. Revigorant !

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