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À Genève, ennuyeux Fantasio

Satisfaction mitigée pour l’œuvre comme pour l’interprétation de ce Fantasio, opéra-comique de présenté au Théâtre des Nations de Genève.

n’a pas composé que des chefs d’œuvre. Preuve en est ce Fantasio dont la musique souvent pauvre le dispute à un argument et à un livret mince et mal ficelé. Vous prenez un peu de Rigoletto, un peu de Cenerentola, un zeste de Lucia di Lammermoor, vous secouez le tout, vous y ajoutez une dose de bons sentiments et vous versez tout cela pèle-mêle dans un grand bol de musique légère agrémentée de quelques mélodies sirupeuses et vous obtenez votre Fantasio ! Un bouffon du roi – sans bosse -, une princesse qu’on veut marier de force – comme Enrico proposant à Lucia d’épouser Arturo -, le prince de Mantoue (le prince, pas le duc !) qui prend la place de son valet Marinoni – comme Dandini prenant la place du prince Ramiro -, pour en arriver à ce mariage du bouffon avec la princesse sur un fond de puissants qu’on remballe pour leurs instincts belliqueux, voilà l’argument de cet opéra-comique. En admettant qu’il n’a d’autre but que de porter le bouffon Fantasio a se transformer en un sage pour lancer face public un sermon contre la guerre, faut-il vraiment supporter tout cela pendant trois heures d’horloge pour en arriver là ?

Dans un décor noir, brouillardeux, des costumes de redingotes tristement noires elles aussi et des éclairages pâles à en mourir, la mise en scène de est bien éloignée de l’hymne à la fantaisie qu’il promet dans son préambule. Pas de champagne, pas de pétillants gags dans cet opus de Jacques Offenbach. Et qu’advient-il quand Offenbach renie son esprit frondeur ? On attend. On attend que le bouchon saute. Et quand il ne saute pas… eh bien, on s’ennuie !

Et pour l’ennui, la production genevoise se taille la palme. Parce qu’en dehors de la tristesse de la mise en scène, le plateau vocal est bien pâlichon. À commencer par le rôle-titre de la mezzo suédoise (Fantasio) dont le chant inexpressif n’anime guère un jeu théâtral mince. Quand bien même cet opéra s’inscrit plus dans la comédie romantique que dans l’opéra bouffe, le rôle principal doit être tenu par une meneuse de revue. À cet emploi, la mezzo manque de charisme, à quoi s’ajoute une diction française malhabile. On ne comprend pas un traître mot de son français chanté. Quant au parlé, n’en possède pas l’esprit si bien que ses mots perdent leur sens. On s’étonne que dans un opéra-comique, qui plus est d’Offenbach, on ait engagé une artiste aussi peu au clair avec la langue de… Musset (Paul, pas Alfred !)


Au côté de la mezzo, la jeune soprano (Elsbeth) chante joliment et parle tout aussi précautionneusement comme n’osant pas exprimer l’artiste qu’elle est certainement. Une timidité expressive que ne partagent pas le ténor (excellent Marinoni) et le comédien (Rutten), tous deux rescapés de la production parisienne, ni le baryton (Le prince de Mantoue) bien en phase avec l’esprit de la pièce même si son chant souffre parfois d’une émission nasale. De son côté, la mezzo-soprano (Flamel), déjà remarquée lors de Orlando Paladino de Haydn à Fribourg en décembre dernier, s’acquitte avec beaucoup d’à-propos de son rôle de suivante d’Elsbeth jouant de sa musicalité pour ne pas écraser vocalement sa maîtresse. Enfin, bien en place, la dignité vocale de la basse (Le roi de Bavière).

Dans la fosse, l’ apparaît d’une pâleur inhabituelle, la direction gentillette de n’y étant certainement pas étrangère. Le , comme à son habitude, est parfaitement préparé et dégage un volume sonore tout à la fois impressionnant sans que la musicalité en soit absente.

Alors qu’on s’étonne souvent du goût du public, si Fantasio a disparu totalement des programmations après une dizaine de représentations lors de sa création en janvier 1872, le hasard n’y était pour rien. On doit bien admettre que cette résurrection conjointe de cinq maisons d’opéra ne révolutionnera pas le monde lyrique et qu’il y aura fort à parier que Fantasio retournera aux oubliettes pour quelques années.

Crédits photographiques : © GTG/Carole Parodi