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Max Emanuel Cenčić au TCE : un enfer pavé de bonnes intentions 

C’est une soirée excitante sur le papier, et plutôt décevante en réalité, à laquelle nous a conviés au Théâtre des Champs-Élysées. Décidé à réhabiliter et faire connaître le compositeur , bien oublié de nos jours, le célèbre contre-ténor s’est laissé aller à un excès de didactisme, finalement préjudiciable à la musique.

En effet, après un fort beau concerto pour deux violons d’, la star que tous attendent entre en scène, déploie un pupitre, et entame une conférence qui dure une vingtaine de minutes, non comprises dans le timing fourni par le Théâtre des Champs-Élysées, sur la situation de l’opéra en Angleterre au XVIIIe siècle. On fait suffisamment confiance à sa grande culture pour savoir qu’il l’a écrite lui-même, puis certainement l’a fait traduire. Hélas, même si sa prononciation française est bien travaillée, sans le support de la musique, il bute sur chaque mot un peu littéraire, rend son discours peu compréhensible, et finalement, ennuie. Un spectateur s’exclame par deux fois, basta ! Fort heureusement, le public est bien élevé, et attend la fin poliment. Plus grave : le passage de la voix parlée à la voix chantée se passe mal, et quand il s’agit de donner des échantillons de l’art de Porpora, la voix sonne étouffée, peu claire, ne passant pas la rampe. Elle se rétablit plus ou moins après un temps de repos, le moment d’une sonate, toujours de Vivaldi. Il n’empêche, seulement quatre airs pendant une première partie de plus d’une heure ont un goût de trop peu.

Après l’entracte, la salle, qui n’était déjà pas entièrement pleine, s’est un peu vidée. Quand arrive et reprend le pupitre sur lequel figure son discours (il chante par cœur, sans l’aide d’une partition) un murmure consterné parcourt le public. Totalement conscient de cette désapprobation, le contre-ténor se justifie en expliquant qu’il faut comprendre ce que l’on écoute. C’est tout à fait vrai, mais peut-être la formule choisie n’était-elle pas la bonne. Il aurait peut-être mieux valu organiser un entretien d’avant-concert, ou faire appel à un conférencier à la prononciation vernaculaire, et tout du moins prévenir de la chose dans le programme de salle. Tel quel, le concept ne passe pas.

La deuxième partie est consacrée à Haendel, plausiblement pour démontrer sa rivalité avec Porpora. Le contre-ténor a choisi des airs qui lui conviennent bien, et on retrouve enfin cette aisance dans les traits d’agilité, cette brillance dans les aigus, cette musicalité qui nous l’ont fait tant aimer. Hélas, après deux extraits d’Orlando et un concerto pour basson, virtuose à défaut d’être plaisant, Max Emanuel Cenčić reprend son pupitre et ses notes de conférence avant d’attaquer deux airs d’Arminio, et c’est cette fois un grondement désespéré qui parcourt le public. Et de nouveau, interpréter en tout quatre airs seulement, même si, écrits pour les castrats Senesino ou Annibali, ils sont très difficiles à exécuter, cela semble bien pingre. Est-ce cela qui a déclenché la débandade à la fin du premier bis ? La salle est à moitié vide au moment des saluts, même s’ils sont chaleureux.

En fin de compte, ce que l’on a préféré dans cette soirée, c’est la direction vive de , et le tonus, l’homogénéité et le beau son de l’. Dommage, on n’était pas venue pour cela…

Crédit photographique : © Anna Hoffmann

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