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Le Barbier de Séville à Strasbourg : triomphe de la jeunesse

Pour le Barbier donné en ouverture de saison à l’Opéra national du Rhin, l’aisance scénique et le dynamisme d’une distribution jeune et techniquement très aguerrie, associés à une direction d’orchestre précise, assurent le succès d’une production stylée et efficace.

Ce qui frappe en premier à l’issue de ce Barbier de Séville , c’est l’énergie débordante, la vitalité quasi adolescente, la liberté scénique presque insouciante des trois interprètes principaux, en parfaite adéquation physique avec l’âge de leurs personnages. Pourtant, la qualité musicale et vocale n’y est jamais sacrifiée, bien au contraire.

C’est particulièrement le cas du Figaro bondissant de , dont le metteur en scène a fait le centre de son dispositif. incarne, par son absence d’attache et sa totale liberté, l’aspect révolutionnaire et plutôt mauvais garçon au sein d’une société codifiée et racornie. Le matériau vocal est superbe, riche et séduisant, d’une impeccable projection. Les récitatifs sont soignés avec un relief exceptionnel. Quelques aigus escamotés dans son air d’entrée et une vocalisation manquant de netteté ne déparent nullement cette incarnation marquante. est irrésistible car elle possède tout ce qu’il faut au rôle de Rosina : stature scénique, caractère malicieux, rondeur du timbre et homogénéité des registres, naturel vocal et science belcantiste avec des vocalises perlées et détachées. Et dire qu’il s’agit d’une prise de rôle ! Moins décisif, est néanmoins un comte Almaviva de très belle tenue. Le timbre est moins attrayant d’emblée et conserve quelques nasalités mais la qualité technique du chant et le souci des nuances sont indéniables. Il sait aussi se déboutonner quand il le faut pour contribuer aux délires bouffes de la partition. Dommage que Strasbourg l’ait privé de son « Cessa di più resistere » où il s’était montré parfaitement convaincant à Orange cet été.

En opposition au dynamisme de cette jeunesse, les trois autres comparses s’investissent avec délectation dans la peinture d’une société figée et décrépite, atteinte par la sénilité. Avec son Bartolo bourru, en devient même touchant de naïveté et, d’un timbre devenu quelque peu rêche, fait montre de sa parfaite technique du chant syllabique. Plus inquiétant avec ses airs d’exorciste de série B libidineux, le Basilio de détaille goulûment  sa « Calunnia », en dosant avec précision le crescendo pour terminer sur des aigus tonitruants. Quant à la Berta de Barta Mauzà, elle marque plus par son incarnation de vieille fille grognon que par l’interprétation assez générique de son air « Il vecchiotto cerca moglie ».

La mise en scène est sans surprise, classique mais d’un goût très sûr et fonctionne parfaitement. Assurant aussi décors et costumes, y dépeint l’Espagne de Goya mais une Espagne de clichés avec force madones, azulejos et bassins d’eau, mantilles, capes et éventails. Le décor unique, successivement ruelle extérieure et salon intérieur de la maison de Bartolo, traduit avec efficacité l’enfermement de Rosine et multiplie les possibilités avec son balcon, ses grilles, ses fenêtres et ses portes dérobées. Un tel ouvrage bouffe ne souffrirait d’ailleurs pas une relecture ou tentative d’actualisation. Il exige en revanche une mécanique scénique soigneusement huilée, ce que réalise .

La même nécessaire précision, rythmique tout particulièrement, se retrouve dans la direction nette et vigilante et dans la battue bien marquée de . Si la gradation des célèbres crescendos rossiniens est encore perfectible (l’ouverture notamment) et si la folie des finals n’est pas tout à fait paroxystique, il assure parfaitement, avec l’aide d’un plateau très attentif à ses suggestions et d’un très impliqué, la cohésion et la vivacité de la soirée.

Crédit photographique : Leon Košavić (Figaro), Mariana Viotti (Rosina) / De gauche à droite (Basilio), Barta Mauzà (Berta, au balcon), (Bartolo), Leon Košavić (Figaro), Ioan Hoteo (Almaviva), Mariana Viotti (Rosina) © Klara Beck