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Rigoletto mis en espace avec un casting de luxe à Luxembourg

Donnée en version de concert, cette production du chef d’œuvre de Verdi remet sur le tapis la pertinence de la mise en espace. Distribution de luxe avec en tête d’affiche , et .

La mise en espace des versions de concert serait-elle l’avenir de l’opéra ? On peut se poser la question après la représentation d’un des ouvrages les plus théâtralement accomplis de Verdi, donné dans le Grand Auditorium de la Philharmonie de Luxembourg. Habillés en tenue de soirée, les chanteurs déambulent entre les instrumentistes avec lesquels ils n’hésitent pas, occasionnellement, à entrer en interaction, notamment quand le Duc fait la cour à quelques musiciennes. Un simple changement de costume (le T-shirt du Duc lorsqu’il se fait passer pour Gualtier Maldè, l’allure de plus en plus débraillée de Rigoletto au fur et à mesure que se précise la descente aux enfers…) suffit à exprimer l’essentiel avec une étonnante économie de moyens. Le placement astucieux des personnages à divers endroits de la salle (Monterone n’apparaît que dans les hauteurs), la fluidité des mouvements, la stylisation des gestes (le meurtre de Gilda !) confèrent à l’ouvrage une théâtralité qui parfois échappe à des réalisations scéniques lourdement perturbées par tel ou tel concept novateur. La beauté des éclairages, le jeu naturel et accompli de la totalité des intervenants – ils chantent tous par cœur une partition que beaucoup ont interprétée ailleurs – complète le succès d’une réalisation portée au triomphe par un public enthousiaste.

La réussite de la soirée tient également à la qualité exceptionnelle de la prestation musicale, autant pour un orchestre en grande forme que pour un plateau sans la moindre faiblesse. À côté de comprimarii tous très bien tenus, on notera la caverneuse voix de basse de , impressionnant Sparafucile, ainsi que le beau contralto d’, belle et sensuelle Maddalena. Très à l’aise gestuellement dans le rôle du Duc de Mantoue, le fringant fait valoir de belles couleurs barytonales tout en étant capable de tenir la ligne d’une tessiture relativement élevée. Doté d’aigus éclatants, il fait preuve également de belles qualités de legato et de mezza voce dans le plus intimiste « Parmi veder le lagrime ». Dans un rôle qu’elle a chanté maintes fois, est sans aucun doute une des plus belles Gilda du moment. Sa voix de vrai soprano lyrique, particulièrement étincelante dans les aigus, est capable des nuances les plus raffinées ainsi que des acrobaties vocales les plus périlleuses, tout en affichant une belle épaisseur vocale qui donne tout son poids à ce personnage noble et émouvant.

, enfin, crève encore l’estrade dans son incarnation du célèbre bossu. Expressif en diable dans ses regards, dans son corps et dans sa gestuelle, il maîtrise tous les aspects dramatiques d’un personnage qu’il sait rendre, dans ses brutalités et ses fragilités, incroyablement humain. Sans posséder naturellement l’organe vocal d’un véritable baryton Verdi, il est en pleine possession de ses moyens et dispose d’une palette de couleurs qui semble infinie. Chapeau bas, Sir Simon !

La prestation de l’, en état de grâce sous la baguette ferme, précise et lumineuse de , fait valoir les mille beautés d’une orchestration souvent desservie par des interprétations routinières. Peut-être aussi la mise en avant de l’orchestre, dans le cadre de cette version de concert, a-t-elle contribué à souligner la modernité et l’originalité de cette formidable partition.

Crédit photographique : Sir Simon Keenlyside © Robert Workman

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