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Avec le National, Bertrand Chamayou impérial dans Saint-Saëns

En choisissant les deux concertos les plus connus de Camile Saint-Saëns, le 2e et le 5e dit « l ’Égyptien », accompagné par l’, sous la baguette d’,  se met au défi face à une vive concurrence¹.

Si a connu le succès tout au long de sa longue existence et fut même adulé pour son immense connaissance musicale et ses capacités pianistiques, organistiques, de direction et bien évidemment comme compositeur, le XXe siècle le considéra longtemps comme sec, froid, académique et plutôt superficiel. Ce jugement abrupt ne dura qu’un temps et à la suite d’Alfred Cortot et Charles Munch, depuis une quarantaine d’années, sa musique est revenue à l’honneur. Nombre de pianistes se délectent aujourd’hui de ses cinq concertos dont les enregistrements partiels ou en intégrale se multiplient.

Amateur des maîtres anciens et détracteur des recherches de Debussy, Saint-Saëns passait pour un conservateur, bien que sa musique fourmille d’audaces. Alors que tous les virtuoses interprétaient les concertos de Schumann, Mendelssohn, Brahms ou Tchaïkovski et que la France ne connaissait plus ce genre depuis Boieldieu, Saint-Saëns devance ses contemporains en revenant à la symphonie et au concerto, des genres alors marqués par des préjugés défavorables, dans la mouvance de Debussy. Pourtant Maurice Ravel reconnaîtra ses concertos comme modèles. Dans ces concertos,  le style de composition se rattache à Liszt, Schumann et Mendelssohn, Saint-Saëns ayant hérité de la virtuosité et l’imagination des deux premiers et du respect de la forme et l’élégance du troisième. Dans la notice, considère que Saint-Saëns constitue le maillon essentiel qui relie naturellement Liszt et Ravel.

Composé en trois semaines en 1868, le Concerto n° 2 était destiné à son ami Anton Rubinstein, mais à la création, Saint-Saëns tenait la partie de piano, tandis que Rubinstein dirigeait l’orchestre. Commençant par une improvisation sur le modèle du Concerto n° 4 de Beethoven, il met en valeur les qualités de virtuose du pianiste. Le piano – impérial – de Bertrand Chamayou y dépasse le côté de fantaisie brillante pour un ensemble plein d’imagination, alternant entre romantisme, drôlerie et légèreté, conduit par une puissante énergie.

Postérieur de vingt-huit ans, le Concerto n° 5 sacrifie à la mode orientaliste de l’époque, mais contrairement aux visions imaginaires de ses contemporains, Saint-Saëns était un grand voyageur et ses périples inspiraient aussi sa musique. Il entendit vraiment au bord du Nil la mélodie nubienne au cœur de l’Andante, qu’il habille d’une mosaïque sonore orientalo-hispano-chinoise où l’on retrouve des sonorités de gamelan. À la fois classique et original, ce concerto bénéficie d’une orchestration plus élaborée que le deuxième, destiné à faire briller le soliste.

S’il semble quelque peu discret dans le Concerto n° 2, l’ tisse une délicate marqueterie instrumentale avec un bel équilibre des masses sonores sous la direction subtile et attentive d’.

Mais les pépites de ce disque, sont les pièces solo que nous offre Bertrand Chamayou, parmi les plus périlleuses de Saint-Saëns. Ces brèves études longtemps méprisées comme légères, salonnardes, mécaniques, sans inspiration, se révèlent de petits trésors sous les doigts véloces de Bertrand Chamayou, qui exprime une joyeuse fantaisie.

Ce disque euphorisant est à vivement recommander, même si  dans ces mêmes concertos on peut préférer le tempérament léonin de Muza Rubackyté avec l’Orchestre National Lituanien, dirigé par Hans Martin Schneidt et Alain Pâris (Doron DRC 3065) et l’on ne saurait oublier les pionniers que furent Jeanne Marie Darré et Louis Fourestier avec l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française, l’ancêtre du National.

(1) Alfred Cortot et Charles Munch (N° 4 et Étude en forme de valse), Jeanne-Marie Darré et Louis Fourestier, François René Duchâble et Alain Lombard, Muza Rubackyté et Hans Martin Schneidt/ Alain Pâris, Brigitte Engerer et  Andrea Quinn, Aldo Ciccolini et Serge Baudo, JY Thibaudet et Ch. Dutoit, Pascal Rogé et Ch. Dutoit, Stephen Hough et Sakari Oramo, Romain Descharmes et Marc Soustrot