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Nouvelles improvisations de Karol Beffa

Pour , improviser au piano, c’est comme composer, avec un crayon mais sans gomme. Dix ans après un premier album justement nommé Improvisions, le compositeur revient avec un second opus En blanc et noir.

Derrière l’atmosphère consonante et rêveuse qui caractérise tout l’album se cache un exercice qui est une gageure : à partir d’un thème suggéré par le public, composer en temps réel de petites pièces. Les sources d’inspiration sont multiples, musicales bien sûr, avec Bach (Spleen de Leipzig, La Marche du Cantor), Debussy (En blanc et noir), Liszt (L’Abbé Franz, où l’on croit entendre comme des échos du jeune virtuose déformés par le temps et la vieillesse), Schubert (Der Wanderer), Ligeti (L’Escalier du diable, à la pulsation heurtée et contrariée), Steve Reich (Street Art), le chant grégorien (Solesmnes sous la pluie), mais aussi littéraires (La philosophie dans le boudoir à l’atmosphère galante, La Cerisaie à la poésie prégnanteet cinématographiques (Mahler à Venise, qui crée une atmosphère propre dont la référence est à chercher du côté du Mort à Venise de Visconti), voire mathématique (Moebius).  Entre autres, comme l’Autoportrait sfumato qui joué sur les notes BEFFA (comme avant lui BACH, ou DSCH pour Chostakovitch) révèle une image kaléidoscopique. Beffa n’aime pas s’enfermer dans un seul genre, une seule époque, fut-elle celle d’aujourd’hui.

La gageure de l’improvisation est réelle, l’heure de musique proposée ici a été enregistrée en une seule journée, et réussir l’exercice exige une connaissance musicale encyclopédique. Dix ans se sont écoulés depuis l’album Improvisations, et le caractère démonstratif de l’exercice s’est effacé au profit d’une inspiration qui cherche plus à toucher. Mahler à Venise, La Cerisaie, An Old Prayer, La Marche du Cantor, Le Sommeil de la raison, sont autant de déambulations oniriques, immédiatement accessibles, propres à plaire au plus grand nombre, mais dont le charme résiste à de multiples réécoutes. La pièce conclusive Bérangère ou l’intégrité, la plus développée – elle dépasse les 6 minutes – est un hommage nostalgique, d’une dignité pudique et mystérieuse à la compagne de l’écrivain Antoine Bello.