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Noémi Boutin et le Quatuor Béla projettent ombres et lumières sur Schubert et D’Adamo

Le Théâtre de Lorient accueille un spectacle d’une grande intensité construit autour du Quintette à cordes de , sublimé par un écrin composé par Daniel D’Adamo, Sur vestiges.

Tout commence de manière très subtile par des chuchotements, des glissements, des sifflements, des rebonds d’archets. est entrée en scène en pleine lumière, tandis que le l’encercle dans l’ombre pour l’interprétation de Sur vestiges, une commande faite à Daniel D’Adamo pour le spectacle. L’image de la mort n’est jamais loin, et les leviers de la crainte, de l’angoisse, du doute et du mystère agissent sur cette première partie très poétique. Du silence émerge une matière musicale de plus en plus dynamique dont l’énergie va conduire progressivement les auditeurs vers Schubert. Au cours du déploiement de l’œuvre, passant par des phases de crépitements, de grondements sourds, de nuages de pizzicati, trilles ou trémolos, de latence ou de suspension, et jusqu’à une course effrénée en fugato, les lumières évoluent constamment. Elles projettent des ombres fantomatiques sur le fond de scène, soulignent la concentration des jeux timbraux et polyphoniques et mettent en valeur des plages de dialogue entre la soliste et son double Luc Dedreuil.

Quand le discours se stabilise enfin, se fixant sur une série d’accords à cinq voix, le dernier s’enchaîne comme une évidence au crescendo familier qui débute le premier mouvement du Quintette à cordes de , dont l’exécution se présente dans une configuration spatiale plus traditionnelle, après que les quatre musiciens aient rejoint la soliste. Le jeu de lumière continue son évolution, offrant des couleurs subtiles appropriées aux différentes phases musicales de la pièce. Dans une interprétation au romantisme exacerbé, la complicité et la passion du jeu des musiciens servent parfaitement le chef-d’œuvre écrit par dans les derniers mois de sa courte vie, où il semble tout à la fois crier son angoisse, affirmer une soif de vie inaltérable et accueillir sereinement la mort prochaine. Une nouvelle surprise attend le public, qui n’entendra le poignant deuxième mouvement qu’à la fin du concert, après une courte introduction signée de D’Adamo, nuage sonore qui conduit au long désespoir schubertien clôturant ce Quintette, pour ombres et violoncelle, un spectacle parfaitement équilibré.

Crédit photographique : © Jean-Pierre Dupraz