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Mikko Franck donne des ailes au Philhar

Pour ce concert éclectique sur le thème des oiseaux, associant Rimski-Korsakov, Chopin, Rautavaara et Stravinsky, exalte le ramage très coloré du Philharmonique de Radio France, tandis que livre  une interprétation envoûtante et intimiste du Concerto n° 2 de Chopin.

Composée pour partie en 1907, puis complétée par Glazounov et Steinberg en 1913, après la mort du compositeur, la Suite symphonique du Coq d’Or reprend cinq épisodes marquants du dernier opéra de , opéra allégorique mettant en scène de façon ironique le Tsar Dodon. Plus que la critique du pouvoir autocratique, cette suite met en avant l’immense science de l’orchestration du compositeur qui nous plonge dès les premières notes dans la magie des timbres et la beauté des contrechants. Le premier mouvement détendu, aux accents orientalisants, est annoncé majestueusement par l’appel de trompette d’Alexandre Baty, bientôt relayé par une petite harmonie de haute volée avec à la flûte, au hautbois, Jérôme Voisin à la clarinette. Viennent s’y ajouter des cordes somptueuses, le célesta, et la harpe véhémente de Nicolas Tulliez. Plus mystérieux, et plus slave aussi, le second mouvement fait la part belle aux sonorités graves des trombones et des violoncelles. Le troisième mouvement, très dansant, mené par les altos et violoncelles, témoigne de la rigueur de la mise en place, de la beauté des sonorités et du haut niveau des performances solistiques dont une belle intervention élégiaque de Stéphane Suchanek au cor anglais. Marqué par l’attente, puis par le drame, le dernier mouvement impressionne par sa dynamique où fanfares cuivrées et cordes occupent le devant de la scène, conduites de main de maître par , qui, presque facétieux, se plait à jouer, avec un plaisir évident, de son superbe instrument orchestral.

D’une orchestration plus sobre, paraissant en comparaison presque indigente, le Concerto pour piano n° 2 de laisse le clavier faire cavalier seul. Il est heureusement servi par , bouleversant par la clarté et la fluidité de son jeu, par sa virtuosité envoûtante, par l’indicible poésie de son pianisme délicat et nuancé qui nous font bien vite oublier l’orchestration réduite à quelques échanges limités. Un bis emprunté à Paderewski conclut cette première partie.

Cantus Arcticus, sous titrée Concerto pour oiseaux et orchestre, composée en 1972, est l’œuvre probablement la plus connue de Rautavaara, sans aucun doute aussi la plus poétique car s’appuyant sur un dialogue constant entre l’orchestre et des enregistrements de chants d’oiseaux saisis près du cercle arctique. Mikko Franck, fervent admirateur du compositeur finlandais et familier de cette partition, en livre ici une interprétation remarquable, parfaitement équilibrée et empreinte de ce souffle épique des espaces du Grand Nord, magnifiée encore par l’acoustique idéale de la Salle Pierre Boulez de la Philharmonie. Suo, très poétique, s’ouvre sur un duo de flûtes, bientôt rejointes par l’ensemble de la petite harmonie, le cor et de multiples chants d’oiseaux se déployant sur un profond tapis de cordes graves. Melankolia permet d’apprécier la splendeur du legato des cordes dans leur dialogue avec l’alouette hausse-col tandis que Joutsenet muuttavat développe un large crescendo en utilisant beaucoup d’effets, d’ampleur et de spatialisation sonores pour simuler la migration des cygnes-chanteurs, avant que la musique ne s’éteigne pour retourner au silence.

L’Oiseau de feu de Stravinski achève ce concert dans une véritable pyrotechnie orchestrale où le « Philhar » fait valoir toutes ses couleurs chatoyantes, soulignant avec éclat l’importance du legs laissé par Rimski-Korsakov à .

Comme lors du concert donné la veille au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du festival de Pâques, La Chanson de Solveig extraite de Peer Gynt de Grieg répond, en bis, aux rappels répétés du public.

Crédit photographique : Mikko Franck © C. Abramowitz