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Voyage initiatique à travers l’amour schumannien par Le Sage et Prégardien

Quelques pièces habilement choisies entourent le célèbre cycle des amours du poète. Amour, espoir et souffrance sont déclinés tout au long de ce très beau CD qui nous propose un remarquable parcours initiatique.

La version retenue des Dichterliebe de Schumann est celle de 1844, même si et ne s’interdisent pas de recourir, pour certains morceaux isolés, à une version antérieure du texte. De passionnantes notices de présentation, l’une de Prégardien et l’autre du musicologue Hansjörg Ewert, expliquent le choix des versions retenues ainsi que celui des pièces destinées à entourer le cycle central. Reposant sur l’évocation de voix hallucinatoires, de voix incarnées d’anges ou de démons, de voix intérieures, de voix poétiques, ce passionnant programme propose à l’auditeur un voyage initiatique à travers les joies et les affres de l’amour. Thème fédérateur de ce bouquet de mélodies, l’inspiration poétique et le sort réservé au poète déchiré entre sa passion amoureuse et ses élans créateurs. Paraît en filigrane le rôle discret mais essentiel de la muse, celui d’une Clara dont la voix, presque étouffée, parvient néanmoins à se faire entendre.

Belle idée que de donner l’occasion à l’occasion de mêler pour quelques duos son beau soprano frais, rond et ductile, tout l’éclat de sa maturité, aux accents fauves du jeune ténor. Un subtil effet de mixage fait entendre la réverbération de la voix de la chanteuse sur les paroles « ich liebe dich » du numéro 4 du cycle, le chant « Wenn ich deine Augen seh’ ».

L’essentiel du CD reste cependant dévolu à Prégardien, dont la musicalité encore fraîche et juvénile confère à ce programme une dimension toute particulière. Certaines tensions au sommet de la tessiture, notamment dans « Sängers Trost » mais également par endroits au cours du cycle, déclenchent une sécheresse vocale inhabituelle chez ce jeune interprète. Peut-être ces tensions sont-elles imputables au piano très virtuose d’, un régal pour l’oreille dans sa force déclamatoire. Belle réussite d’ensemble, en tout cas, pour un programme qu’on voudra écouter en boucle. Il semble urgent, dans le prolongement de ce beau projet, de faire enregistrer à la totalité des grands cycles schumanniens pour voix de femme…