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Un vent du nord rafraîchissant à Montpellier avec Santtu-Matias Rouvali

Il nous avait éblouis l’année dernière à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Le jeune et fougueux chef finlandais revient au Festival de Radio France Montpellier, avec son orchestre finlandais cette fois, celui de Tampere. L’affiche des trois compositeurs nordiques s’inscrit dans la thématique de cette 35e édition, Soleil de Nuit, regardant vers les rives de la Baltique.

L’ouverture de Maskarade, un opéra bouffe du Danois , sous la direction elfique du jeune chef, nous met en appétit : précision des lignes, netteté des attaques, énergie du geste et flamboyance des cuivres. Rouvali pétrit le son de l’orchestre de son geste éminemment plastique et règle avec justesse les équilibres dans cette page inaugurale éblouissante. Le clarinettiste , super-soliste de l’Orchestre de Liège, est sur le devant de la scène dans le Concerto très attendu du Finlandais , dont il a assuré la création japonaise en 2006. Composée en 2001-2002, la pièce d’une virtuosité phénoménale et d’un seul tenant relève d’une écriture spectrale, hantée d’ailleurs par le le fantôme de la Rhapsody in Blue. Balayant un large registre, le soliste fait valoir la brillance de ses aigus quand l’orchestre déploie ses couleurs luxuriantes. Les sons fendus de la clarinette saturant l’espace sont spectaculaires. Lindberg concède plusieurs cadences au clarinettiste, au sein d’une trajectoire ménageant d’amples respirations. Rouvali lui donne un souffle et une dimension spatiale très impressionnants.

Le chef finlandais « chante dans son arbre généalogique » avec la Symphonie n°1 de , une partition qu’il connait « de l’intérieur », l’ayant déjà enregistrée pour Alpha. Passée l’introduction lente très originale, confiée à la clarinette, Rouvali ouvre l’espace dans un premier mouvement passionnant, avec ses changements de climats et la singularité de ses thèmes toujours rattachés au terroir : ciselure des détails, cordes ductiles et expressives, profondeur des cuivres qui sculptent les reliefs au sein d’une écriture qui prend ses distances avec le modèle allemand. Le mouvement lent bien conduit est tout aussi étonnant, par la variété des couleurs et des paysages que nous fait traverser l’orchestre. Le Scherzo a des allures brucknériennes sous les stries implacables de la timbale tandis que les bois, dans un dernier mouvement joué attacca, arborent des couleurs mahlériennes. Rouvali ne lâche rien dans ce finale plutôt sinueux, n’installant la plénitude sonore que dans l’ultime péroraison au souffle puissant.

La soirée s’achève dans la demi-teinte, avec l’indémodable et séduisante Valse triste donnée en bis par l’excellente phalange finlandaise.


La musique de chambre et à l’honneur

Présent lors du concert du soir, Magnus Lindberg est également au piano, dans la salle Einstein, pour les deux concerts de musique de chambre que lui consacre le festival. Les mêmes partenaires que la veille, au violon, au violoncelle et au piano, investissent le plateau ce mercredi 24 juillet à 17h30. À Twine pour piano de Lindberg répondent Les Jeux d’eau de la Villa d’Este de Liszt (sous les doigts de ), tandis que le Trio du Finlandais fait écho à celui de Ravel. Débuter par ce chef-d’œuvre n’est pas chose aisée, surtout lorsque les trois protagonistes ne constituent pas une formation permanente : les questions d’équilibre sonore, d’énergie du geste, d’écoute mutuelle se posent alors, avec plus d’acuité encore dans l’acoustique relativement sèche de la salle Einstein. De fait, le violon solaire de , le violoncelle plus confidentiel d’Anssi Kartunen et le piano peu enveloppant de Florent Boffard ont du mal à fusionner. On apprécie cependant la Passacaille en demi-teinte, empreinte d’une belle intériorité.

Florent Boffard a décidé de jouer Twine de Lindberg avant Liszt. Éminemment virtuose, la partition de 1988 confronte une pensée sérielle, visant à l’éclatement de l’espace, à une recherche spectrale s’intéressant aux composantes du son et à ses couleurs. La tension qui en résulte ne déstabilise en rien notre pianiste nanti d’une énergie et d’une concentration à toute épreuve. Plus fluide mais tout aussi virtuose, Les jeux d’eau à la Villa d’Este sont nimbés d’une aura poétique et mystérieuse sous le toucher cristallin et sensible de Boffard. Aux côtés de Marina Chiche et Anssi Kartunen, Magnus Lindberg tient la partie de piano dans son Trio, un arrangement du Trio pour clarinette, violoncelle et piano écrit en 2008, à une époque où le compositeur délaisse ses préoccupations spectrales pour revenir à une écriture de type horizontale : polyphonie complexe et expressivité néo-romantique aux élans brahmsiens sont rien moins que déroutantes pour qui vient d’entendre Twine. Ainsi se décline l’évolution stylistique d’un compositeur dont on aurait souhaité qu’il nous surprenne autrement.

Crédits photographiques : © Luc Jennepin