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Sibelius épidermique et ensorcelant par Santtu-Matias Rouvali

À emporter, CD, Musique symphonique

Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n° 1 en mi mineur, op. 39 ; En Saga, op. 9. Orchestre symphonique de Göteborg, direction : Santtu-Matias Rouvali. 1 CD Alpha. Enregistré à la salle de concert de Göteborg (Suède) en mai et juin 2018. Notice trilingue : anglais, français et allemand. Durée : 58:44

 

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Sibelius

De toute évidence, Sibelius est l’un des plus profonds créateurs de son temps. Longtemps dénigré puis amplement encensé, les meilleurs musiciens ont défendu sa musique et un peu rapidement on aurait pu croire que le temps des surprises interprétatives était révolu. Erreur ! Le jeune chef finlandais nous en administre la preuve.

Né à Lahti en 1985, , percussionniste de formation, opte à l’âge de 22 ans pour la direction d’orchestre. Dès lors, il franchit les étapes à une vitesse fulgurante. De fameux chefs d’orchestre, des compatriotes, assurent sa formation, notamment à l’Académie Sibelius d’Helsinki : Hannu Lintu, Jorma Panula et Leif Segerstam. Sa jeune carrière est jonchée d’étapes très honorables. Successivement, il dirige la Sinfonietta Tapiola (2011), devient directeur du Philharmonique de Tampere (2012-2019) puis de l’Orchestre Philharmonia (2017), sans oublier de nombreuses expériences à la tête d’autres phalanges, dont une tournée européenne avec l’Orchestre de chambre de Lausanne en 2017.

Chez Alpha, à la tête du Symphonique de Göteborg, devenu un orchestre de premier plan où il officie comme chef principal, Rouvali nous propose le début fracassant d’une intégrale symphonique (et des poèmes symphoniques) de Sibelius. Digne héritier d’une lignée légendaire de chefs finlandais, il offre une lecture habitée et inspirée, survoltée ou ductile, précise et emportée, tantôt lyrique, tantôt déchaînée, transformant la remarquable et déjà singulière Symphonie n° 1 en un bouillonnement passionné et une exaltation frappante.

Rouvali et Göteborg, hautement synergiques, abordent avec enthousiasme le premier mouvement Andante ma non troppo-Allegro-Energico, ils en accentuent la cohésion organique et le romantisme pénétrant. Le solo mélancolique du début confié à la clarinette conduit à un deuxième sujet mélancolique bientôt dépassé par un développement dramatique superbement maîtrisé. Les intervenants servent dans le deuxième mouvement une profonde nostalgie sur une des plus belles mélodies du compositeur. L’ardeur et la brillance du Scherzo atteint des sommets d’implication rythmique avec le soutien inébranlable des timbales. Le dernier mouvement Quasi una fantasia débute avec le retour du solo de clarinette de l’ouverture que l’orchestre et son chef mènent sans ménagement en accentuant le rugissement dévorant des cuivres. Le poème symphonique En Saga (Une Légende) de 1892, bénéficie d’un décodage incandescent propre à surligner les changements d’atmosphère caractéristique qui le structurent. Musicien accompli, engagé mais non iconoclaste, jamais Santtu-Matias Rouvali ne dénature la lettre et l’esprit de son illustre devancier mais mieux, il l’embellit et lui offre un second souffle.

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