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Jordi Savall gâte les trois dernières symphonies de Mozart

signe un nouveau disque Mozart qui n’apporte pas beaucoup, ni à sa discographie, ni à la réception de l’œuvre du maître de Salzbourg.

L’exécution de la Symphonie n° 39 en mi bémol majeur K. 543 déçoit, ne mettant pas en valeur la clarté de la construction de cette partition. En conséquence, elle se trouve dépourvue de dramaturgie, de cohérence dans le choix des tempi (les phrasés sont de temps à autre haletants), de netteté des contrastes dynamiques et de pureté de l’articulation, par exemple dans les gammes descendantes « virtuoses » du premier mouvement. On passera vite sur cette prestation, et on reviendra à celle d’ dirigeant l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise – gravée dans la première moitié des années 50 –, dont la fermeté et la précision assurent ce qui manque à l’approche de . Or, c’est dans ces gammes, nous renvoyant quelque peu à l’Ouverture de Don Giovanni (composée un an avant cette symphonie), que réside tout le génie mozartien, alliant aisément la pure simplicité à la folie.

Concernant l’interprétation de la Symphonie n° 40 en sol mineur K. 550, nous avons un dilemme d’appréciation : d’un côté, elle semble moins désordonnée quant à la gestion des tempi, mais par ailleurs elle frappe par sa lourdeur, malgré un certain raffinement des couleurs, pour lequel Savall n’est pas à la hauteur de son art, là non plus. Dans le dialogue qui se fait entendre çà et là entre les différentes sections de l’orchestre, on aurait aimé percevoir plus de subtilités de nuances et d’agogique, omniprésentes, par exemple, dans la lecture de .

Rien ne change chez Savall pour son interprétation de la Symphonie n° 41 en ut majeur K. 551 (dite « Jupiter ») : elle est un brin mécanique et, bien qu’elle soit empreinte de théâtralité et d’une ampleur de geste parfois traînants, elle se voit gâchée par des accentuations incompréhensibles et par son manque de cohérence. Le petit bonus, la Musique funèbre maçonnique en ut mineur K. 477, manque ici de lucidité lui aussi.

Malgré toute la beauté et le soin apportés au côté éditorial de cette parution, elle ne peut être considérée comme une réussite, et ce, non seulement par son aspect interprétatif, mais également du point de vue de la prise de son nous laissant percevoir une curieuse réverbération de fond. Une autre chose encore : nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi l’éditeur nous sert deux fois, respectivement sur chacun des deux disques, la même exécution de la Symphonie n° 40 en sol mineur. De plus, on ne nous précise pas si ces gravures ont été effectuées en studio ou en public. Une chose est sûre : le testament spirituel de Mozart est à trouver ailleurs.