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La scène Primorsky prend d’assaut le Mariinsky

Pendant la saison estivale, le Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg accueille sa seconde compagnie, Primorsky, implantée à Vladivostok. Au programme, Giselle et une soirée composée du Fils prodigue et de L’Oiseau de feu.

Parmi les œuvres phares du répertoire romantique, Giselle entretient une relation particulière avec les compagnies russes. Bien que l’œuvre ait été créée en France par Coralli et Perrot, sur un livret de mis en musique par Adam, c’est Petipa qui signa cette version pour les Ballets Russes, qui purent à leur tour la montrer à Paris lors des tournées organisées par Diaghilev. La version de Petipa est restée, depuis, dans le répertoire de la seconde compagnie du Mariinsky, basée toute l’année à Vladivostok et dirigée par . Elle prend ses quartiers d’été à Saint-Pétersbourg pour une dizaine de représentations et avec deux programmes.

Giselle, donc, ballet romantique par excellence, avec ses Wilis volantes et ses bras moelleux. Si le premier acte, très patrimonial, de la production russe est morne, voire plan plan (même les vendangeurs semblent s’ennuyer !), avec un prince Albrecht transparent, un garde-chasse jaloux, une baronne qui ressemble à la Marquise des anges et un pas de deux des vendangeurs un peu poussif, le deuxième acte est absolument parfait. Devant une toile peinte d’une grande délicatesse, les danseuses du Primorsky forment des lignes impeccables, et l’ensemble est suffisamment tendu avec des ruptures de rythme bien menées. Myrtha, la reine des Wilis est austère, comme il se doit, mais magnanime. Le prince Albrecht semble transfiguré et dévoile enfin son talent. Quant à Giselle, si la scène de la folie au premier acte avait laissé entrevoir un peu de ses capacités d’actrice, elle se surpasse techniquement dans le deuxième acte. Sa première apparition en Wili, comme un feu follet à peine sorti de la tombe, est mémorable. Le pas de deux avec le prince est doux et subtil, sans afféteries ni effets trop appuyés. se caractérise par une grande aisance et un naturel dans tous les registres : drame, abandon, refus, amour. C’est donc à une belle production que peuvent assister les nombreux visiteurs et touristes russes ou étrangers qui se pressent au Mariinsky, au risque, tout à leurs téléphones portables au moment des saluts, d’en oublier d’applaudir.

Créé en 1929 par Balanchine, Le Fils Prodigue n’a pu entrer au répertoire du Mariinsky que lorsque le bannissement des artistes immigrés a été levé. Ballet purement expressionniste sur la musique de Prokofiev, il est pourtant profondément enraciné dans l’âme russe, avec ce patriarche qui ressemble à un vieux paysan sibérien. La tentatrice sirène, interprété par (la Myrtha de Giselle) a servi d’inspiratrice au personnage de femme fatale créé ensuite par ou .
Le fils prodigue, qui se laisse tenter par une vie de débauche est magnifiquement interprété par . Enfant gâté tellement impatient de voir le vaste monde qu’il ne peut rester à genoux pendant la bénédiction du père, il réalise ses tours en l’air avec la parfaite décontraction du style balanchinien. Lorsque, rompu, dépouillé de son argent, de tous ses biens et même de ses vêtements, il reviendra piteux vers le père, son corps tendu et ses pointes à pieds nus donnent juste la juste mesure de ce que son personnage aura souffert.
Sur la célèbre partition de Stravinsky, merveilleusement interprétée par l’orchestre du Mariinsky dirigée par Anton Torbev, la compagnie Primorsky donne en seconde partie de programme une version quelque peu édulcorée de L’Oiseau de feu, qui fut un des fleurons des Ballets Russes. signe livret, chorégraphie et éclairages qui privilégient les effets spéciaux et le spectaculaire à l’émotion de la danse. Hormis les deux pas de deux entre l’oiseau de feu et Ivan Tsarévitch, la chorégraphie est peu inventive et manque de difficultés techniques. Le deuxième tableau, dans lequel Ivan Tsarévitch, alias , s’enfonce dans la forêt, est particulièrement pauvre. Heureusement, la belle , vue deux jours plutôt dans Giselle, est très convaincante dans le rôle de l’oiseau de feu et tient de magnifiques arabesque et portés, soutenue par son partenaire. C’est cependant une déception que cette production ne soit pas à la hauteur de la chatoyante et envoûtante musique de Stravinsky.

Crédits photographiques :  Giselle et Le Fils prodigue : Valentin Baranovsky © State Academic Mariinsky Theatre ; L’Oiseau de feu : Natasha Razina © State Academic Mariinsky Theatre