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Le premier chef-d’œuvre de l’opéra polonais au disque

Voilà, enfin, un enregistrement sur instruments historiques du Miracle prétendu ou les Cracoviens et les Montagnards, le premier chef-d’œuvre de l’opéra polonais.

Cette partition est créée au Grand Théâtre de Varsovie le 1er mars 1794, soit cinq mois seulement après le deuxième partage de la Pologne et peu avant le troisième, suite auxquels le pays fut complètement supprimé de la carte de l’Europe. Cet événement culturel réunit l’élite de l’époque : des officiers russes et polonais, la noblesse, la riche bourgeoisie, ainsi que des dignitaires. Wojciech Bogusławski, l’auteur du livret, est acteur, directeur de théâtre et dramaturge surnommé le père du théâtre polonais. C’est peut-être pour cela que cet opéra-comique, renfermant de multiples dialogues parlés, est appelé « opérette » par les uns, « vaudeville » ou encore « Singspiel » par d’autres. Hormis ces dialogues, ceci est la première œuvre chantée scénique dont le livret est rédigé en polonais et dont la valeur musicale est considérable. Rappelons que le tout premier opéra chanté en polonais, Heca albo polowanie na zająca (Une rigolade ou La chasse au lièvre), avait été créé approximativement au tournant des 17ème et 18ème siècles, donc presque 100 ans avant l’élaboration du Miracle prétendu. Sachant de plus que celui-ci est bourré d’allusions politiques qui reflètent la situation tendue d’avant le dernier partage, de même que de nombreuses références au folklore local, on le considère comme le premier opéra national polonais. Si les rythmes de la polonaise, du krakowiak et de la mazur y sont fréquents, il serait aujourd’hui difficile de déterminer si les mélodies tissées dans la partition sont écrites de la main de ou ont une origine populaire.

L’ a engagé pour ce projet des interprètes tchèques mondialement reconnus : le Collegium vocale 1704 et le dirigés par . Ce choix est plus que judicieux, non seulement parce que le compositeur était lui-même tchèque, mais aussi parce qu’ils assurent à leur prestation le brio, la finesse, l’élégance et la fluidité, perceptibles déjà dans l’ouverture qui fait penser tantôt à la musique de Haydn, tantôt à celle de Mozart.

Pour ce qui est des solistes, nous apprécions la fraîcheur, la légèreté et la luminosité du soprano de en Dorota, de même que l’éloquence expressive de en Basia, une voix plus sombre que la précédente, encore que nous paraissant un peu trop serrée dans les aigus. Pour le ténor de , nous sommes saisis par l’émission qui allie habilement le côté purement opératique (voix modulée) à l’imitation du chant folklorique (articulation variée). Le baryton est, quant à lui, envoûtant par la chaleur de son timbre, tandis que le ténor et la basse convainquent par la profondeur et une palette de nuances bien mesurées. Les parties parlées sont données par des acteurs professionnels qui les rendent naturelles, ainsi que dûment animées.

En guise de conclusion, mettons l’accent sur le soin éditorial apporté par l’ pour cette parution accompagnée d’un livret de 216 pages, dans lequel on trouve, entre autres, le texte intégral de cet opéra en polonais et en anglais.

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