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Rentrée contrastée du Ballet de l’Opéra national de Paris

Ouverture en demi-teinte de la saison danse à l’Opéra Garnier avec une création ratée du plasticien et du compositeur et la très bienvenue reprise de Blake Works I de .

Commande phare de ce début de saison pour le Ballet de l’Opéra de Paris, At the Hawk’s Well est le fruit d’une collaboration artistique entre le plasticien japonais , son compatriote , le chorégraphe italien et le créateur de mode Rick Owens. Prétexte à cette création, le drame imaginé par William Butler Yeats en 1916 autour de l’histoire d’un puits asséché depuis un demi-siècle. Si le Nô fait partie des inspirations de l’auteur irlandais, qui en a étudié les principes théoriques avec Ezra Pound, il semble avoir complètement disparu dans la version scénique que proposent aujourd’hui cette équipe essentiellement japonaise.

Alors que la proposition aurait pu se limiter à une scénographie mettant en valeur la partition originale de Ryoji Ikeda, splendide variation sur les rythmes ralentis de l’esthétique Nô, le ballet chorégraphié par est d’un ridicule achevé. Mouvements pseudo futuristes inspirés d’une esthétique 70 totalement surannée, costumes d’amazones et perruques de longs cheveux qui achèvent de plomber le tableau. On est triste pour les trois magnifiques danseurs que sont , et , qui endossent les rôles principaux, de les voir affublés de méchantes capes ou de cornes en tissu métallique, comme des couvertures de survie.
Seule l’apparition finale d’un véritable acteur de théâtre Nô, Kisho Umewaka, redonne un peu de chair et d’authenticité à ce projet fumeux. Derrière son masque moqueur, il semble en effet remettre en question tout le spectacle que nous venons de voir.


Heureusement, la reprise de Blake Works I de en deuxième partie permet de garder de cette soirée un souvenir plus positif. Cette pièce lumineuse, qui n’est pourtant pas la meilleure ni la plus complexe du chorégraphe américain, passe en effet pour un chef d’œuvre après la création japonaise. A la deuxième vision depuis sa création en juillet 2016, Blake Works I semblerait pouvoir être l’Etudes du XXIᵉ siècle. Tout y est : de l’adage (magnifiques duos de avec sur Colour in anything ou sur Forever, des trios, des ensembles ciselés comme du Balanchine et surtout de sublimissimes solos comme celui d’, félin et hypnotique sur I hope my life.

Bien sûr, il faut supporter la musique doucereuse de James Blake et son côté décontracté, parfois un peu trop fluide pour les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris. Cependant la compagnie, comme libérée après la psycho-rigide création de Fugimoto, donne le meilleur d’elle-même.

Crédits photographiques : © Ann Ray /