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Evgeni Bozhanov aussi fascinant qu’irritant dans Strauss, Brahms et Schubert

, l’un de nos favoris au Concours international de piano Frédéric-Chopin en 2010, où il ne remporta que le 4e prix, poursuit sa carrière de soliste sans rechercher les flashs. Voici son nouvel album qui suscite de vives émotions, mais qui, paradoxalement, en est dénué.

Dans la transcription du lied de par , captive par sa faculté à tenir les phrasés longs, sans nous faire oublier leur poésie et sans perdre leur pouls intérieur. Dans les deux Brahms, extraits de ses symphonies et arrangés pour piano par le même Reger, il tisse le fil narratif à partir de changements agogiques et dynamiques plus ou moins perceptibles qui, conjugués à la finesse du toucher et à la netteté de l’articulation, assurent à ces prestations la souplesse du contour et, du point de vue holistique, la cohérence, élément difficile à développer ici en raison de la lenteur du tempo.

Si la maîtrise de l’agogique paraît totale dans l’exécution de l’ultime sonate pour piano de – les phrases ne sont pas coupées, en gardant leur plasticité et la respiration –, nous avons l’impression d’avoir affaire à un jeu entièrement soumis à une conception exagérément analytique, révélant l’obsession du détail et le soin de la transparence des textures. L’expressivité d’Evgeni Bozhanov procure une sorte de théâtralité pour laquelle il ne cherche pas le spectaculaire et se refuse, dans le premier mouvement de l’œuvre, à produire la tension dramatique inhérente à cette partition. En conséquence, nous n’y trouvons pas un fortissimo profond dans les climax. Une large palette des nuances piano nous dévoile, en revanche, des subtilités harmoniques de l’écriture schubertienne souvent inaudibles.

Si cette approche fascine, elle nous irrite également par son côté factice, surtout lorsque Bozhanov va, dans la main gauche, jusqu’à faire sonner certaines notes plus sensiblement qu’à l’accoutumée dans les interprétations de ces pages, en repoussant le charme de la cantilène à l’arrière-plan. L’Andante sostenuto devient, sous ses doigts, un chant innocent et empreint de simplicité, nous faisant entendre quelquefois le mécanisme du piano. Ensuite, le Scherzo se voit joué sans emphase, mais pique par un ralentissement exagéré dans le trio. Pour le mouvement final, Allegro ma non troppo, Evgeni Bozhanov favorise la variété des teintes (des graves marmoréens versus des aigus scintillants), bien que ceci s’accomplisse à défaut d’un toucher puissant et d’une sonorité ample et majestueuse. Encore une fois, il attire l’attention par l’usage restreint de la pédale et se focalise sur des menus détails, au lieu de laisser la musique couler naturellement.

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