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La première génération de la sonate française vue par les Bach Players

Les musiciens anglais des Bach Players, réunis en formation de chambre autour de la violoniste Nicolette Moonen, proposent à une année d’intervalle deux disques consacrés aux sonates d’Élisabeth Jacquet de La Guerre et à celles de Nicolas Clérambault.

La bibliothèque musicale de Sébastien de Brossard (1655-1730) est une source inépuisable pour la connaissance des répertoires de son époque : beaucoup de partitions ne nous sont parvenues que grâce à cette précieuse collection, sous forme manuscrite. C’est le cas pour les sonates de Louis-Nicolas Clérambault et d’Élisabeth Jacquet de La Guerre, jamais publiées de leur vivant malgré le grand renom de leurs auteurs.

Mademoiselle Jacquet était une enfant prodige, célèbre pour avoir joué du clavecin à la cour de Louis XIV à l’âge de cinq ans, sous la tutelle de Mme de Montespan. Elle publie son premier livre de clavecin en 1687, après son mariage avec l’organiste Marin de La Guerre. Par la suite, elle sera la première femme à composer un opéra en France (Céphale et Procris, en 1694). Les sonates que nous entendons dans cet enregistrement doivent beaucoup à l’influence italienne de Corelli. C’est à la suite de la parution à Paris des deux livres de sonates en trio de Corelli que la mode de la sonate à l’italienne fait fureur en France dans les années 1690. « Tous les compositeurs de Paris ressentent l’urgence de composer des sonates à la manière italienne » dit Sébastien de Brossard en 1695. Son catalogue comprend quatre sonates en trio et deux sonates pour violon écrites de la main d’Élisabeth Jacquet de La Guerre.

Si elles témoignent de l’influence italienne, ces pièces sont riches d’inventions mélodiques très personnelles. On y retrouve également des rythmes de danses typiquement françaises. Autre particularité : l’importance de la partie de viole, qui s’échappe du carcan de la basse continue pour développer une voix soliste au sein de la polyphonie. Des préludes pour clavecin (joués par Silas Wollston) introduisent par trois fois les sonates, et permettent une respiration bienvenue au milieu de cette écriture instrumentale très riche.

Louis-Nicolas Clérambault était un organiste et compositeur de grand renom au début du dix-huitième siècle, successeur de Nivers à la Maison Royale de Saint-Cyr, auteur prolifique dans de nombreux domaines. Ses compositions de musique de chambre sont toutefois restées manuscrites et nous sont parvenues grâce à la collection de Sébastien de Brossard, toujours judicieux dans ses choix quant à la qualité des œuvres collectées. Sur les cinq sonates compilées, trois sont en trio et deux pour violon seul. Le sommet de ce programme consiste en deux superbes Chaconnes pour violon et basse continue, où le violon très expressif fait merveille, dans un parfait équilibre avec la basse.

La Chaconne en la mineur qui termine l’enregistrement permet d’apprécier la virtuosité de Nicolette Moonen dans des traits de violon très italianisants. Deux préludes pour clavecin judicieusement transposés pour servir d’introduction aux sonates mettent en valeur le jeu de Silas Wollston. La sonorité de l’ensemble est brillante et chaude à la fois. Et ce disque présente l’avantage d’être accompagné d’un très intéressant texte de présentation signé par la musicologue Catherine Cessac, alors qu’on regrettera qu’il n’y ait pas de commentaire en français dans le livret du disque Jacquet de La Guerre.

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