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Valery Gergiev magistral dans Mahler, Diana Damrau décevante dans Strauss

Dans un programme totalement dévolu à la musique post romantique, la soprano déçoit dans l’interprétation des Quatre derniers lieder de , alors que les Münchner Philharmoniker conduits par triomphent dans la Symphonie n° 5 de .

La soprano allemande est sans doute actuellement, à la scène comme au disque, une des interprètes les plus inspirées du répertoire straussien. Dans la droite ligne de son dernier disque paru très récemment chez Erato, déjà consacré aux Quatre derniers lieder, elle interprète une nouvelle fois, à l’occasion de son passage à Paris, le sublime et déchirant chant du cygne straussien, créé à titre posthume en 1950 par Kristen Flagstad et Wilhem Furtwängler.

Si la voix de a beaucoup mûri ces dernières années, lui autorisant des emplois différents des coloratures qui ont marqués ses débuts, son soprano manque encore singulièrement d’ampleur et de profondeur pour rivaliser, dans ce répertoire exigeant, avec ses prestigieuses aînées qu’il s’agisse de , , ou encore l’immense . Certes le timbre est beau, presque trop lumineux, la puissance suffisante et la diction impeccable, mais la ligne parait le plus souvent rigide et hachée, sans legato, entachée d’un gênant vibrato, le bas médium manque de consistance avec des graves absents, tandis que les aigus paraissent par instants détimbrés dans une lecture qui manque globalement d’émotion et surtout de cet éclairage crépusculaire qui fait le propre des grandes interprétations… De son coté et la phalange bavaroise déploient de splendides couleurs irisées, dans une profusion de timbres (cor solo Matías Piñeira, cordes graves et violon solo de ) mais la symbiose entre l’élégie du chant et la somptuosité des sonorités orchestrales restera, hélas, cruellement absente…


Tout autre ambiance en deuxième partie avec la Symphonie n° 5 de . Mahlérien reconnu de longue date, Valery Gergiev remet une fois de plus le corpus symphonique du compositeur autrichien sur le métier. Premier volet de la trilogie purement instrumentale, dite médiane de , cette symphonie abandonne le recours à la voix et au programme explicite pour poursuivre cependant la même quête de construction, mais d’une manière certainement plus abstraite comme « une tentative de réorganiser le monde à partir du moi individuel » (Richard Specht). Son maître mot, autour duquel elle s’organise tout entière, est sans nul doute l’ambiguïté, oscillant en permanence entre lumière et ténèbres, entre amour et déploration, entre la joie de son récent mariage avec Alma et l’angoisse d’une santé déjà chancelante. Elle comprend cinq mouvements se répartissant en trois parties.

La première partie débute par une Marche funèbre annoncée par un vigoureux appel de trompettes. Dès cette introduction Valery Gergiev affiche clairement la figure de Janus de l’œuvre, en opposant l’élégie et la déploration des cordes à l’angoisse véhémente des fanfares cuivrées. La dynamique est soutenue, les contrastes affirmés annonçant un deuxième mouvement orageux et animé où le phrasé très théâtral renforce à l’envi les contrastes et les nuances au sein d’une pâte orchestrale claire mettant parfaitement au jour la richesse de la polyphonie, la profusion des timbres et la beauté des contre chants. Le Scherzo représente à lui seul toute la deuxième partie. A la fois dansant, enlevé et inquiétant, il fait la part belle à l’exceptionnelle prestation de Matías Piñeira au cor solo que Gergiev fait jouer debout au milieu de l’orchestre. Très mahlérien par son ambivalence, il se déploie sur une dynamique soutenue fortement chargée de tension. Le célèbre Adagietto pour cordes seules et harpe ouvre la troisième partie de la symphonie dans une déchirante complainte où l’on admire la profondeur de la sonorité des cordes (altos et violoncelles) ainsi que leur impressionnante plasticité dans une péroraison toute en nuances, tendue et habitée, exempte de tout pathos excessif. Le Rondo final referme cette dernière partie sur une longue montée en puissance recrutant toutes les forces orchestrales (petite harmonie, cuivres et percussions) pour aboutir au climax dans une coda grandiose teintée une fois encore d’une ironie et d’une ambiguïté typiquement mahlériennes.

Une interprétation magnifique qui conjugue l’excellence de la phalange munichoise et l’indiscutable fibre mahlérienne du chef ossète.

Crédit photographique : Valery Gergiev © Valentin M. Baranovsky ; Diana Damrau © Simon Fowler