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Haendel par Christophe Dumaux : comme un bonbon

Pour , ce disque est l’affirmation d’une excellence stylistique, d’une incarnation pleine et entière, et d’une voix débordante de couleurs et de nuances, qui en font l’un des artistes majeurs actuels du répertoire baroque, et particulièrement de l’œuvre lyrique de Haendel.

Un fil conducteur directement lisible ; un équilibre parfait entre une première partie vocale (pistes 1 à 6), une suivante instrumentale (pistes 7 à 12), puis de nouveau vocale (pistes 13 à 18) ; une notice des plus classiques concoctée par Bennet Eicke ; une pochette neutre un brin stylisée avec le portrait dun artiste « propre sur lui » en costume cravate au regard rempli d’assurance… Rien ne dépasse d’un millimètre pour ce premier album enregistré lors du concert donné en mai dernier au festival Haendel de Göttingen. L’artiste aura attendu une vingtaine d’années de carrière afin de nous le proposer.

a pourtant largement brillé sur scène avec des airs d’Ariodante (à Monte-Carlo en 2019 ou en 2016 à Lausanne), de Rodelinda, de Rinaldo (à Tourcoing en 2005), de Teseo, d’Orlando (en 2008 à Tourcoing) et de Giulio Cesare (à Versailles en 2011). Et alors que les airs choisis sont donc loin de sortir des sentiers battus, c’est dans l’interprétation de ce contreténor français d’exception que se trouve la pépite. Tout commence par l’attaque directe du chanteur au bénéfice d’un « Dover, guistizia amor » rempli de caractère. Le personnage de Polinesso refera son apparition pour un « Spero per voi » d’une extrême originalité, chaque parti-pris étant affirmé sans détour, fort d’une diction sans pareille. La fourberie de ce héros laisse ensuite la place à une toute autre atmosphère, mêlant noblesse élégante et plainte lumineuse pour un « Pompe vane di morte… Dove sei, amato bene » d’une émouvante retenue.

La souplesse de la voix de Christophe Dumaux évolue sans faille que ce soit dans le rôle de Rinaldo (« Cor ingrato, ti rammembri ») ou celui de Goffredo (« Sorge nel petto ») du même opéra Rinaldo. Sa messa di voce fait de nouveau merveille dans « Aure, deh, per pietà » (Giulio Cesare), laissant place à une ferveur insolite et savoureuse dans cet air de César. Des ornements imprégnés de sens, une maîtrise de souffle qui en laissera un bon nombre pantois, un ambitus étonnant, une agilité vocale formidable… tout est là pour rendre justice à ces grands personnages de l’art lyrique de Haendel.

Orlando est évidemment présent, l’un des rôles les plus marquants dans la carrière de l’interprète. Des coloratures animés (« Fammi combattere ») au désespoir suave du rôle-titre (« Vaghe pupille »), jusqu’à son sommeil réparateur (« Già l’ebro moi ciglio »), Christophe Dumaux arrive à dépeindre seulement par des images sonores la force du théâtre.

À la tête du FestspielOrchester Göttingen, la direction de , autre spécialiste de Haendel, fournit au chanteur un accompagnement qui rend justice à son art et à son expérience, et surtout le porte allègrement dans cet art du théâtre qui émerveille. Les musiciens ne manquent pas non plus d’énergie ni de précision dans le Concerto grossso n° 8 en do mineur HWV 326, déployant un regard vif et agréablement contrasté sur ces six mouvements où l’œuvre lyrique du maître n’est toujours pas très loin. 

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