Christophe Dumaux, superbe Orlando

La Scène, Opéra, Opéras

Tourcoing. Théâtre Municipal. 04-III-2008. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Orlando, opéra en trois actes sur un livret de Carlo Sigismondo Capece. Mise en scène : Gildas Bourdet ; décors : Gildas Bourdet et Edouard Laug ; costumes : Brigitte Faur-Perdigou ; lumières : Jacky Lautem. Avec : Christophe Dumaux, Orlando ; Elena de la Merced, Angelica ; Jean-Michel Fumas, Medoro ; Rachel Nicholls et Yvette Bonner, Dorinda ; Alain Buet, Zoroastro. La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

Pour l’un des opéras de Haendel les plus connus de nos jours, rassemble une belle distribution, qui va du très bon à l’excellent, pour une production d’abord créé à l’Atelier Lyrique de Tourcoing avant une petite tournée. Souffrante, , initialement distribuée dans le rôle de Dorinda, doit se contenter de mimer son rôle, ce qu’elle fait avec talent : sa bergère est piquante et drôle.

C’est qui lui prête sa voix depuis la fosse. Celle-ci fait une reprise au pied levé plus qu’honorable : émission puissante, legato, musicalité et le meilleur sens de l’ornementation de la distribution. Tout au plus pourrait-t-on souligner quelques petites tensions dans la ligne de chant bien compréhensibles au vu de la situation. Elena de la Merced montre quelques duretés en première partie de soirée, avant de trouver ses marques et livrer une très belle interprétation du rôle d’Angelica, doublée d’un art accompli de la vocalise. est un Medoro sans reproche et un Zoroastre solide sinon des plus raffinés. Venons-en à la vedette de la production en la personne de . Le contre-ténor est d’abord un comédien bluffant, totalement investi dans son personnage et sur cette incarnation scénique s’appuie une prestation vocale exemplaire. Passons sur des cors peu synchrones, le « Fammi combattere » reste anthologique. L’air de bravoure révèle les qualités de virtuose de tandis que la folie d’Orlando nous montre un interprète soucieux de musicalité et d’une grande efficacité dramatique. Ainsi livre-t-il à la fin du deuxième acte une montée en puissance saisissante, répartie sur le récitatif accompagné, l’arioso et l’aria « Vaghe pupille ». Le volume n’est pas grand mais l’émission est raffinée, les phrasés sont précis, la virtuosité étourdissante. Le comédien est aussi halluciné qu’émouvant dans le délire du paladin devenu fou de dépit amoureux, et juste dans le sommeil d’Orlando au III. Une prise de rôle déterminante dans une carrière déjà prestigieuse sur cette scène qui a vu débuter les grands noms du chant baroque d’aujourd’hui, de Véronique Gens à Philippe Jaroussky.

Si l’on regrette que les opéras baroques soient plus souvent donnés en concert que mis en scène, cette production nous rappelle la difficulté de donner à voir aujourd’hui ces arguments qui font appel au fantastique (qui plus est dans les opéras magiques de Haendel, comme Orlando). On reste circonspect devant le travail scénique de Gildas Bourdet. Il tire l’opéra vers un marivaudage, ce qui peut s’expliquer au vu de l’influence de la pastorale sur la production théâtrale et opératique des XVIIe et XVIIIe siècles. Cela ne pose pas de problème concernant Dorinda mais ravale Angelica en-dessous de son rang. La mise en scène n’évite pas la vulgarité au I mais déjoue toutefois habilement certaines contraintes de l’opéra baroque et de ses machines, confiant à quatre acrobates déguisés en singes l’enlèvement d’Angelica à la fureur d’Orlando et laissant à des vidéos le soin d’évoquer les forêts de la pastorale ou le désordre mental d’Orlando avec des vues qui se font alors saccadées, etc. La direction d’acteurs est juste, les costumes d’inspiration classique mâtinés d’orientalisme sont beaux et les lumières habiles. Dans la fosse, malgré la petite réserve formulée sur les cors, l’ensemble de n’appelle que les éloges, avec une lecture qui fait la part belle au rythme et à la théâtralité.

Crédit photographique : Christophe Dumaux (Orlando) © Atelier lyrique Tourcoing

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